Chapitre 43

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Quinn

Putain… j’arrive toujours pas à y croire. Ma petite sœur est réveillée. Vivante. Là. Et dire que ce médecin voulait la débrancher… qu’il m’a regardé droit dans les yeux en me disant qu’il n’y avait plus d’espoir. J’ai bien fait de ne pas l’écouter. Je l’aurais tué aujourd’hui si j’avais cédé ce jour-là. Et heureusement qu’ils ont appelé mon père parce que j’étais littéralement enfoncé dans Ella. Sinon j’aurais vu ça beaucoup trop tard. J’ai encore le cœur en vrac. Le souffle court. Le ventre noué. Je suis excité comme un gosse en overdose de caféine et en même temps terrorisé. J’arrête pas de me demander : Elle va bien ? Elle se souvient de moi ? Elle respire vraiment seule ? Elle parle ? J’ai tellement attendu ce moment que je crois que mon corps arrive plus à enregistrer l’info. Dans la voiture, personne parle. On est tous tendus. On attend ça depuis quatre putains de mois. Ce matin, j’étais de mauvaise humeur, énervé, contrarié à cause d’Ella. L’entendre dire qu’elle voulait déménager pour vivre avec son frère, ça m’a tapé sur les nerfs. Je l’aime, mais j’ai pas envie de m’occuper d’un gamin. Et j’ai pas envie qu’elle le fasse passer avant moi. Je suis égoïste. Ouais. Et je culpabilise pas. Mais c’est la tête que j’ai, et j’arrive pas à faire semblant d’être un autre. Et maintenant… maintenant je ressens que du bonheur. Un bonheur violent, pur, qui te fracasse la poitrine. Celui qui te fait trembler les mains. Mais j’ai besoin de la voir. De vraiment la voir. De l’entendre respirer. De sentir sa peau chaude sous mes bras. J’ai besoin de lui dire que je suis désolé, que j’aurais dû être là, que je l’ai pas abandonnée, que j’ai pensé à elle chaque putain de minute.

Le trajet n’a jamais été aussi long, alors que Charly conduit comme un taré. Ma jambe tremble sans s’arrêter. J’ai un nœud dans le ventre qui me broie de l’intérieur. Il se gare devant le centre de soin. J’ai les mains moites, la gorge serrée. On entre. On grimpe les étages. Jay frotte déjà ses mains, incapable de tenir en place. Charly essaie de garder son calme mais je le connais : son dos est trop droit, sa respiration trop contrôlée. Ils sont fusionnels, lui et Taylor. On peut sentir leur lien à dix mètres. On arrive dans le couloir. Le médecin sort. Je fonce.

— Comment elle va ?

Il sourit. Un vrai sourire. Pas un sourire poli. Un sourire qui te relâche le cœur d’un coup.

— On vient de lui enlever les sondes et l’oxygène. Elle respire seule. Sa vie n’est plus en danger. Elle va devoir passer des examens, mais elle vous a réclamé. Elle est faible, mais lucide.

Mon corps se vide d’un coup. C’est réel. C’est putain de réel.

— Elle sait que ça fait quatre mois ?

— Oui. Elle a paniqué un peu, mais quand elle a su que vous arriviez, elle s’est calmée.

Je peux pas attendre une seconde de plus. Je contourne le médecin, j’attrape la poignée. Et là… je bloque. J’ai rêvé de ce moment tellement de fois que j’ai peur que ce soit encore un rêve. Je suis persuadé que si j’ouvre, elle aura disparu. Ou endormie. Ou morte. Ou une illusion. Mon cœur frappe tellement fort que ça me fait mal. J’appuie sur la poignée. Et je la vois. Ma petite sœur. Ma Tay. Ses yeux sont ouverts. Vraiment ouverts. Pas un rêve. Pas un souvenir. Pas une image. La réalité. Et quand elle me voit, son visage s’illumine. Un sourire énorme, rayonnant, tremblant. Le plus beau sourire du monde.

— Quinn… dit-elle, la voix cassée par l’émotion.

Et elle pleure. Je perds l’air.

— Enfin.

Je suis incapable de dire autre chose.

— Tu m’as trop manqué, Tay… si tu savais. J’attends ce moment depuis si longtemps…

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