Chapitre 2

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Ella

Je regarde Q disparaître avec cette fille, incapable d’assimiler ce qui vient de se passer. Mes oreilles bourdonnent encore du vacarme des moteurs, mon corps pulse toujours au rythme de la vitesse. C'était un truc de dingue ! J’ai besoin d’argent, oui, mais pas au point de me prostituer pour un pilote masqué. Bordel, « Q »… c’est quoi ce prénom ? Une lettre. Une seule. Rien d’humain. Et pourtant… ce mec conduit comme si la mort n’existait pas. Comme si elle n’avait jamais pu le toucher. Mon cœur a toujours pas ralentit. J’ai cru crever dix fois dans ces virages. J’étais collée à lui, sa chaleur, son odeur, la façon dont son corps bougeait avec la moto… un truc animal, maîtrisé, brutal. Je savais même pas qu’on pouvait ressentir ça juste en montant avec quelqu’un. Je retrouve Florian et Adrien près d’un groupe de filles qui gloussent, perchées sur des motos qui ne leur appartiennent pas. La musique cogne contre le sol bétonné sous nos pieds, les néons violets découpent l’air lourd. J’enfouis l’enveloppe d’argent dans la poche arrière de mon short, comme si elle brûlait mes doigts, et récupère la clope que Flo tient entre deux doigts.

— Ella ! J’y crois pas, Q est le meilleur ! s’exclame Adrien en m’attrapant par l’épaule. Il n’a jamais perdu, jamais. Les autres vont te détester maintenant. Toutes les filles rêvent de monter avec lui.

Je roule des yeux. Adrien vit pour ça : l’odeur d’essence, les paris sauvages, les courses illégales où tout le monde prétend être immortel. C'est son truc.

— Oui bin je m’en tape. C’était fou, ouais, mais faut pas pousser : c’est un pilote, pas une putain de rock star.

Il éclate de rire

— Ah ma chérie… tu comprends rien à ce milieu.

— Pourquoi personne connaît son visage ? C’est lui dont tu me parlais l’autre fois ?

— Ouais. Q, c’est… Un fantôme. Il reste anonyme. Toujours.

Je tire une longue bouffée. Mes yeux retournent malgré moi vers l'endroit où Q était deux minutes plus tôt. Je revois sa silhouette, son dos large, la tension dans ses bras, sa respiration contre moi quand il prenait les virages sans ralentir. Et ce parfum… putain. Un truc chaud, sexy, boisé, familier. Comme si je l'avais déjà senti ailleurs. Sur quelqu'un. Ou quelque chose. Un frisson me grimpe le long de l’échine. Pourquoi il m'a voulu, moi ?

________

Une heure plus tard, je rentre à la maison, les semelles lourdes, le corps vidé. Je suis en morceaux. J’ai passé ma journée à courir partout : mes cours à la fac, puis le bar pour remplacer Julie afin qu’elle puisse soigner sa fille, et enfin cette putain de course à moto qui m’a presque arraché le cœur. J’ai l’impression d’être un vieux téléphone à 2% de batterie. Au moins… j’ai gagné du fric. La maison pue le renfermé et la bière. L’air est lourd, collant. Dans le salon, le clignotement bleu de la télé éclaire Liam, mon petit frère, affalé sur le canapé, endormi comme une petite poupée.  Son bol de céréales est renversé par terre, le lait séché colle aux carreaux. Il dort en jeans, chaussures aux pieds. Même pas déshabillé. Même pas couché. Je sens la rage monter d’un coup. Je m'accroupis pour le prendre dans mes bras quand une voix brutale déchire le silence.

— Ella !! T’étais où toute la soirée ?

Eddy surgit du noir comme un rat de cave, l’œil injecté, le corps chancelant.

— Encore en train de traîner avec ces deux petits cons ? Donne-moi le pognon. J’ai plus rien à boire.

Sa voix râpe contre mes nerfs.bSon odeur… putain. Un mélange de sueur, d’alcool et d’échec. Une odeur qui colle à la peau, impossible à oublier. Je soupire, exténuée, et sors les billets cachés dans mon soutif. Assez pour qu'il me lâche. Son ombre se rapproche, son haleine empoisonne l’air.

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