Chapitre 16

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Ella

La voiture s’arrête après plus de deux heures de route et j’ai l’impression que mon cerveau flotte quelque part hors de mon corps. Max aurait eu mille occasions de nous tuer, de nous jeter dans un ravin, de nous vendre à d’autres tarés… et pourtant on est vivants. C’est presque suspect. Je sors en première, en gardant Liam serré contre moi comme si j’avais six bras. Lui, il descend sans un mot, trop occupé à observer l’endroit.

— Mon sac, Maxou !

Ce mec n'a répondu à aucunes de mes questions, et ça m’énerve. Comment lui faire confiance s'il ne fait pas un effort.

— Dans le coffre. Démerde-toi pour le porter, je suis pas ton mec. Et arrête de m’appeler comme ça. Grouille, j’ai un rendez-vous.

Oh si, je vais continuer à t’appeler comme ça, espèce d’armoire vivante.

Je tends la main en soupirant.

— Faut te détendre, je te demande juste les clés pour ouvrir le coffre, crétin !

Il me les jette d’un geste sec, mâchoire crispée, veines du bras contractées. J’ouvre le coffre, récupère uniquement mon sac, le reste attendra, et je retourne vers lui sans lâcher mon frère.

— Les clés !

Je les lui renvoie en visant son nez. Dommage, il a des réflexes de cobra et les attrape avant qu'elles ne viennent s'éclater sur sa belle gueule. Grind débarque déjà, nous renifle puis repart se coucher. Et là… Charly sort en trombe du salon.

— Putain, mais tu veux m’énerver ! hurle-t-il en marchant sur moi comme un ouragan.

Son visage est déformé par la colère, l'inquiétude, ses yeux bleus presque électriques, les muscles de sa mâchoire prêts à fissurer sa peau. Mon cœur explose. Je tire immédiatement Liam derrière moi, prête à encaisser. Mes yeux piquent, mes dents se serrent. Je le supplie silencieusement de rien faire devant lui. Charly s’immobilise d’un coup. Ses traits se défont instantanément, comme s'il venait de se faire frapper.

— Désolé, souffle-t-il en reculant. Je voulais pas te faire peur. Personne ne te frappera ici.

Son regard me cloue. Sincère, brut, presque fragile sous ses épaules de déménageur. Je respire enfin. Un peu. Je relâche Liam et attrape un paquet de clopes comme si ma survie dépendait d’une nicotine d’urgence.

— C’est Liam. Mon frère. Il vient d’avoir six ans. D’abord, je veux parler à mon père : c’est quoi son numéro ? Ensuite, je cherche une certaine Kate. Elle connaissait mes deux mères. Et je veux savoir qui vous êtes. Combien de temps ça va durer. Comment je suis censée vivre ici. Mon frère va faire comment pour l’école ? Son père, Eddy, va voir qu’on a disparu ! Liam reste avec moi, même pour dormir, j’ai pas confiance en vous. Oh mon dieu mes amis ! Julie a un bébé ! Putain, ils sont en danger ?! Oh bordel. Oh bordel de merde !

BAM. Silence. Les trois me regardent comme si j’étais une tornade qui vient de traverser leur salon. Jay me jette un briquet avant d’aller se servir un verre, et je me demande où est Drew.

— C’est rien, dit Liam en haussant les épaules. J’ai l’habitude des gros mots. D’habitude c’est pire.

À mon avis, ce ne sont clairement pas les gros mots qui vont déranger des tueurs. Putain… je suis vraiment avec des tueurs. Je tire une bouffée sur ma cigatette, et l’horreur me tord le ventre : et s’ils avaient des corps cachés dans une chambre ? Dans la cave ? Sous le tapis, même ? Je m’imagine déjà tomber sur un pied dépassant d’un placard, et je secoue la tête pour chasser l’image.

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