Chapitre 9

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Ella.

Je cours comme une dingue, sans regarder derrière moi, avec l’impression qu’un tueur à gages ultra-sexy me souffle dans la nuque. Mon souffle part en vrille, mon cœur tape contre mes côtes, et j’arrive même pas à comprendre ce que j’ai foutu. Pourquoi je l’ai giflé ? POURQUOI ? Ce mec n’a même pas bronché. J’ai frappé sa joue et j’ai eu l’impression de gifler… un mur. Non. Pire. Une falaise. Une falaise en muscles. J'ai mal à la main bordel ! Lui, il aurait pu exploser mon crâne avec deux doigts, mais non, monsieur préfère me menacer de mort avec calme et sensualité. Normal. Tout va bien. Putain… il a vraiment PLANTÉ un mec devant moi. Comme si c’était… un geste du quotidien. Un petit coup de couteau tranquille avant l’apéro.
Je ne sais pas qui il est.
Je ne sais pas pourquoi je le croise PARTOUT.
Je ne veux pas savoir.
Je ne veux pas savoir.
JE. NE. VEUX. PAS. SAVOIR.

Je m’arrête enfin devant la bibliothèque où je révisais l’année dernière. Loin du campus. Loin des étudiants. Et maintenant : loin d’Action Man l’assassin avec une mâchoire ciselée, un regard de prédateur et une putain de Ferrari. Je jette un coup d’œil derrière moi. Rien. Pas de voiture de luxe. Pas de beau gosse qui m'attrape. J’entre pour me cacher ? Le silence me tombe dessus comme une couverture. Je pousse un soupir qui ressemble à un râle d’âme en peine. Putain… je lui ai fait croire qu’un type rayait sa bagnole. Et il m’a CRU. C'était forcément la sienne... c'est son style. Il a paniqué direct. J’ai profité de sa seconde d’inattention et j’ai couru comme une folle.

Ce mec est trop con.
Et beaucoup trop dangereux.
Et beaucoup trop beau.
Et vraiment beaucoup trop tout.

Je me laisse tomber sur ma chaise habituelle, mes coudes s’écrasent sur la table, et je masse mes tempes en réfléchissant. Qu’est-ce que je fous avec ma vie ? Certains de mes clients sont des tarés, ok. Mais lui…lui c’était l’un de mes clients stables, si on peut appeler ça comme ça. Là, après la scène du bar, c’est sûr : il va me ghoster. Merci au mec parfait qui règle ses problèmes à coups de couteau. Putain de merde. Ma vie se démonte un peu plus chaque jour.
Merci maman. Merci papa. Bravo pour vos décisions de merde, vraiment. Ça détruit ma vie. On devrait leur remettre les trophées du pire héritage familial. Je souffle, laisse ma tête tomber dans mes bras.

— Je vais mourir avant mes 23 ans, c’est sûr.

Je me redresse doucement, les yeux fixés sur la porte… au cas où Action Man déciderait de débarquer pour m’étrangler, me sauver, ou me tuer. Avec lui, impossible de savoir. Et je me relève en pensant à Taylor, cette brune pétillante qui débarquait toujours comme une tempête entre les rayons. Cette fille… c’était un soleil sous amphétamines. Elle parlait trop vite, riait trop fort, me bombardait d’histoires sur sa vie, son frère, son père adoptif, qui avait également un fils… Tout ça en chuchotant à moitié parce que la bibliothécaire nous menaçait d’expulsion permanente si on rigolait encore. Taylor s’en foutait : elle m’attrapait par le poignet pour m’embarquer à l’étage, direction son rayon, son bouquin.

"Roméo et Juliette".

Elle jurait que c’était le meilleur livre de l’univers. On se planquait derrière les étagères pour réciter les dialogues comme deux gamines de douze ans. Je levais les yeux au ciel, elle faisait semblant de mourir dans mes bras, et on se prenait un "CHUT !" agressif à chaque fois. Pendant presque un mois, elle a été là. Toujours. Comme si elle m’attendait. Et puis… plus rien. J'ai appris qu'elle était morte. Renversée par une voiture. Disparue aussi vite qu’elle était arrivée.
Ça m’a fait un truc bizarre. Je la connaissais à peine, mais… certaines personnes laissent un vide quand elles s’en vont. Je souris en voyant son livre, toujours à la même place. Je glisse mes doigts sur la couverture et le retire de l’étagère… mais un petit objet tombe au sol.

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