Chapitre 15

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Ella

Il est pas sérieux, si ? Il me laisse avec son chien tueur. Cette énorme bête assise à me fixer… franchement, je sais pas lequel des deux me fait le plus flipper : le maître ou le molosse. Probablement le molosse. Lui au moins, il a pas besoin de parler pour annoncer la couleur.

— Grinder, mon beau… Tu vas pas me bouffer, hein ? On peut être potes tous les deux ?

Je tente un pas. Mauvaise idée. Il plisse les yeux comme s’il analysait le meilleur endroit où planter ses crocs, et un grognement grave vibre dans sa gorge. Génial. Je suis surveillée… ou protégée. Aucune idée, mais sa présence me rassure autant qu’elle me donne envie de me pisser dessus.

— Ok, j’ai compris, je voulais juste te caresser. T’es super beau, hein. Je vais me laver, bouge pas surtout !

Il me suit du regard jusque dans la salle de bain. Non mais c’est quoi ce démon poilu ?! La chambre est immense, mais la salle de bain… bordel, on pourrait y faire un shooting porno à dix sans se marcher dessus. Je balance mes fringues par terre, elles puent la peur, la sueur et le chaos, et mon reflet dans le miroir me donne envie de m’effondrer. Mes yeux… j’ai l’air d’avoir traversé un ouragan émotionnel en rollers. L’eau brûlante me tombe dessus et, l’espace d’une seconde, j’oublie ma vie de merde, les coups, la cavale, et le fait que je suis coincée dans une base remplie de psychopathes. Je suis lessivée. Vidée. J’ai mal partout. Je me demande si un jour j’arrêterai de trembler quand je pense à tout ce qui vient d’arriver. Confiance ? Aucune idée. Ils sont peut-être sincères, mais je suis encore vivante… par chance ou par intérêt ? Ma mère m'a dit de n'avoir confiance qu'en mon père, et il n'est pas là. Je verrai plus tard. D’abord : profiter de l’eau brûlante. Ensuite : me barrer.

Quand je sors, enveloppée dans une serviette, je fouille les armoires. Rien. Pas même un vieux t-shirt moche. Parfait. Comment je sors d'ici sans me faire bouffer par le chien de Satan ? Je retourne à la salle de bain et me cache derrière la porte.

— Grindeeeeer… viens mon beauuu…

Je fais des bruits bizarres comme une débile, mais on dirait un pigeon asthmatique. Les pas lourds approchent. Le chien franchit la porte. J’attrape la poignée, je bondis dehors, je claque la porte. BAM. Le chien hurle, gratte la porte comme si j’étais un gigot d’agneau derrière.

— Trop facile, mon vieux ! J'espère que t'es pas rancunier !

Je sors. Le couloir est immense. Sérieux, c’est quoi cet endroit ? Un bunker ? Un QG de criminels de luxe ? Je suis les voix, pieds nus, serviette serrée contre moi. J’entre dans un salon énorme. Tout le monde se fige. Littéralement. Mâchoires au sol.

— Putain, qu’est-ce que tu fous là ?!

— Je me suis lavée. Je suis pas mannequin. On prend pas trente minutes à se shampouiner.

— Où est mon chien ?

— Ton chien ? répété-je en haussant les épaules. Ah… Grinder. Il prend une petite pause. Dans la salle de bain. C’était trop étroit entre nous deux, il avait besoin… d’espace vital. Il est vraiment trop mignon. Pas comme toi.

— Tu as enfermé mon chien dans une salle de bain ? demande-t-il d’une voix tellement calme que ça pue le meurtre.

— Non mais wow, arrête avec ce mot, “enfermé”, dis-je en agitant ma main libre. Je l’ai… réorienté. Il a vu une porte ouverte, il a voulu explorer, je l’ai accompagné.

Un énorme BAM résonne. Max frappe du poing sur la table, se barre en quatrième vitesse, prêt à aller vérifier si j’ai pas transformé son monstre en descente de lit. Charly détourne le regard, l’air gêné par ma serviette.

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