Chapitre 17

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Ella

Je me réveille d’une humeur étonnamment correcte. J’ai dormi comme une masse malgré… bon, malgré ma vie de merde. Premier réflexe : je tourne la tête vers la porte, les muscles déjà crispés. La chaise que j’ai calée dessous hier soir n’a pas bougé d’un millimètre. Personne n’est entré. Personne n’a essayé. Miracle du siècle. Mon frère, par contre… Ce voleur de couette professionnel a encore réussi à s’enrouler dedans façon burrito humain. On dirait une chenille prête à éclore, seule sa petite tête dépasse. Sa bouche est ouverte, ses joues roses, les cheveux en bataille. Il est tellement paisible que ça me serre la poitrine. Je passe mon pouce sur son front, doucement.

Comment ça va, dans ta petite tête, Liam ?
Est-ce que tu es en sécurité avec moi ?
Parce que moi, j’en ai aucune idée.

Je soupire et quitte le lit en douceur. Il va rester dormir, il n’ira pas à l'école de toute façon. J’attache mes cheveux et je retire la chaise bloquant la porte. Le couloir est silencieux, et mes pas nus effleurent le parquet encore froid. Dès que j’approche de la cuisine, une odeur de cacao chaud et de beurre fondu me saute au visage. Mon ventre se met à gargouiller comme un animal en manque. Il n’y a que David, installé à table, téléphone dans une main, café dans l’autre.

— Salut, dis-je en entrant. Où sont les autres ?

— Salle d’entraînement.

Mon regard est immédiatement happé par un gâteau posé au centre de la table. Pas un truc léger du genre “je fais attention à ma ligne”. Non. Un énorme, dense. Chocolat sur chocolat avec du chocolat par-dessus, probablement illégal dans certains États. Je ne réfléchis même pas. Je chope un couteau, prête à m’en couper une part obèse, quand Kate fait son apparition avec un sourire. Toujours aussi belle. Elle sort d’un magazine. Robe bordeaux parfaite, cheveux sombres retenus par une pince qui coûte probablement le prix d’un loyer, parfum discret mais classe. Une femme qui respire le contrôle total, même quand elle bouge.

— Contente de te revoir, Ella, dit-elle en entrant. Je suis désolée pour ta mère.

Le coup part droit au cœur. Maman. Putain. Je ne réponds pas. Je pourrais dire “moi aussi”, “merci”, “j’ai envie de mourir”, mais ça ne changerait rien, alors je me contente de respirer.

Je pointe le gâteau avec le couteau.

— C’est qui, le génie qui a fait ça ?

— Moi, répond Kate en fronçant doucement les sourcils. Pourquoi ? J’ai pensé que ça ferait plaisir à Liam. À toi.

Oh, au moins dix points pour elle. Liam va l’adorer. Mais un détail me percute d’un coup.

— Il n’y a pas de noix, hein ?

— Non.

Je souffle, soulagée, et la mords dans ma part comme si on m’avait privée de nourriture depuis une semaine.

— Tant mieux, je suis allergique, dis-je la bouche pleine. J’ai de l’épinéphrine dans mon sac, au cas où.

— Très bien, je note.

Kate sourit avec cette douceur qui me perturbe, personne n’a été doux avec moi cette semaine, à part mon frère.

— Je dois discuter avec Charly, mais ensuite, si tu veux, on parlera toutes les deux.

Je hoche la tête, incapable de répondre sans que ma part de gâteau s’effondre. Elle s’éloigne dans le couloir, élégante, lointaine, mystérieuse suivit par David. Et moi, je reste devant mon assiette, en train de m’empiffrer comme si ce gâteau détenait toutes les réponses que je cherche.

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