Chapitre 21

4K 299 14
                                        

Ella

J’aurais dû garder cet argent. Vraiment. J’aurais dû. Avec du recul, j’aurais pu prendre un bus, un train, une putain de trottinette électrique et disparaître. Me refaire une vie ailleurs, sans lui dans mon ombre, sans ses yeux qui me suivent partout. Alors forcément, je regrette. Surtout quand je le vois entrer tranquillement dans le bar où je remplace Julie ce soir. Quatre jours que je sens sa présence. Quatre jours qu’il rôde, qu’il me laisse respirer juste assez pour me rendre folle. Je ne le voyais pas, mais je le sentais. Parce que Quinn, c’est ça : une présence qui se colle à la peau. Et ce soir, monsieur décide de se montrer. Jean troué. Veste en cuir usée par la vitesse et le danger. Casque dans la main. Et ce regard insolent qui me scanne de haut en bas comme si j’étais un dessert qu’il avait déjà goûté et qu’il avait hâte de reprendre.

— Qu’est-ce que tu veux ? dis-je sèchement en essuyant mes mains sur mon tablier.

— Un rhum, répond-il en s’installant sur un tabouret.

— J’en ai plus. Va en face, ils en servent.

— Mais pas avec des serveuses aussi belles que toi. Alors mets-moi un whisky.

— Pareil, j’en ai pas. Tu peux partir.

Il pousse un soupir qui respire la provocation.

— Ella…La bouteille est juste derrière toi. Je doute que ton patron apprécie que tu le fasses perdre des clients.

Je serre les dents tellement fort que mes molaires protestent. Je me retourne, je prends un verre, je le sers, uniquement parce que ce connard irait vraiment se plaindre au patron.

— J’ai craché dedans. Régale-toi bien, grogné-je en le posant devant lui.

Ça l’amuse. Évidemment que ça l’amuse. Il attrape le verre, le descend d’un trait et… sourit. Le sourire de quelqu’un qui m’a déjà vue nue, vulnérable, tremblante, et qui sait exactement ce que ça lui donne comme pouvoir.

— J’ai eu ma langue dans ta bouche et mes doigts dans ta chatte, dit-il calmement. Il va falloir trouver mieux si tu veux me dégoûter. C’était délicieux. Un autre. J’adore voir le plaisir sur ton visage quand tu me sers.

Je lui arrache le verre, je le remplis à ras bord, je le bois moi-même pour me calmer, et je le repose violemment devant lui, en lui remplissant.

— T’as pas répondu à mon message, dit Quinn en portant son verre à ses lèvres.

— Je sais. J’avais pas envie. Chaque fois que je pense à toi, j’ai des envies de meurtre.

Il se met à rire. Un vrai rire, profond, chaud.

— Ça tombe bien, murmure-t-il. C’est ma spécialité.

Un frisson me traverse. Sa spécialité.

— Pourquoi ? demandé-je.

Le mot sort plus brutal que prévu.

— Pourquoi tu m’as menti, Quinn ? Pourquoi t’as fait ça ? Tu jouais à quoi, exactement ?

Il ne rit plus. Il se redresse, repose son verre, me regarde comme si j’étais la seule lumière dans un tunnel qu’il déteste.

— Tu veux la vérité ? demande-t-il doucement, trop doucement pour Quinn.

Je ne réponds pas. Ça suffit pour qu’il continue.

— J’ai menti parce que je ne savais pas comment te garder près de moi sans te faire fuir. Et j’aurais tout donné pour que tu restes encore un peu. Même si ça voulait dire être un salaud.

SECRET LIESDes histoires addictives. Découvrez maintenant