Ella
Allez Ella… ne leur montre rien. Pas la peur, pas un battement de cil, pas un souffle tremblé. Respire. Doucement. Il veut juste me parler… ou me tuer… ou me découper en morceaux… Non. Stop. Respire, bordel.
Je flippe ma race.
Je sens mes paumes devenir moites, mes doigts trembler à force de les garder serrés contre mes cuisses. Je fixe la route devant moi, parce que si je tourne la tête, je tombe sur les deux armoires à glace qui m’encadrent. Et alors là… je fais une syncope. À chaque virage, leurs jambes frottent contre la mienne. Sérieusement ? Je suis littéralement coincée entre deux rochers armés, et tout ce que mon cerveau trouve à penser, c’est : si je dois mourir, au moins Quinn restera en vie. Et comme si je n’étais pas déjà assez en panique… Il m’aime. Il l’a dit. Vraiment dit. Je n’ai pas rêvé.
Je le déteste.
Non, je l’aime.
Non, je le déteste.
Putain mais même dans ma tête il arrive à me faire péter un câble ! Fallait vraiment que je tombe amoureuse d’un sale con sexy, borné, têtu, avec un caractère aussi explosif que le mien ? On dirait un karma. Un mauvais karma.
Concentre-toi Ella. Pas sur sa bouche. Ni sur ses yeux.
Merde ! La voiture ralentit. Et mon estomac aussi. J’ai envie de vomir mes organes. On roule depuis plus d’une heure dans un silence de mort.
Puis… une énorme barrière noire surgit. Qui s’ouvre comme dans les films où quelqu'un ne ressort jamais vivant. La voiture remonte une allée pavée digne d’un catalogue de restauration architecturale, et quand elle s’arrête…
Putain.
Un manoir.
Un vrai.
Du genre 18e siècle, façade parfaite, lignes classiques, symétrie irréprochable. Même les encadrements des fenêtres sont sublimes. Si j’avais encore voulu être architecte, j’aurais demandé un selfie avec la putain de corniche.
— Descends, ordonne l’homme à ma gauche, déjà dehors.
Je descends lentement, sous son regard de surveillant de prison sous stéroïdes. Il reste collé à moi, au cas où je déciderais de sprinter entre les rosiers. Comme si j’étais suicidaire à ce point… bon, ok, j’y ai pensé. Deux secondes. Puis j’ai regardé leurs armes. Et je me suis ravisée.
— On est chez qui ? demandé-je en avançant.
— Tu vas vite le savoir. Wills.
Je m’arrête net. Wills. Ce nom… Il était dans le journal de Taylor. Super. Ça part encore plus en couilles. Quand ce connard me chope le bras, mon corps réagit tout seul : je lève mon genou pour lui exploser la rotule. Sa jambe part en couille, il hurle, et moi je fais un demi-pas de côté, calme et classe.
— Ne me touche plus. Sinon je te brise un doigt.
Je lui balance un magnifique doigt d’honneur.
— Et je sais marcher, merci.
Son regard devient noir. Très noir.nJe lui rends exactement le même. Il capitule. Je gagne. Ils me font entrer dans le manoir. Et bordel. C’est énorme. Magnifique. Préservé à la perfection : lustres monumentaux, moulures raffinées, sculptures d’époque, un escalier juste assez asymétrique pour montrer l’âge du bâtiment. Je tourne sur moi-même, fascinée. On traverse un tapis aussi long que mon existence, et ils me poussent dans une grande salle avec une table interminable. Au bout… un homme. Le chef, forcément. Assis droit comme un bâton, mains croisées, deux gorilles plantés derrière lui. Il m’offre un sourire chaleureux. Le genre de sourire qui dit : Je te trouve adorable mais je peux te tuer avec une cuillère. Il se lève, costume hors de prix, canne noire, cheveux blancs tirés en arrière, peau ridée comme du parchemin. 60, 65 ans peut-être. Son regard me dissèque comme si j’étais un souvenir revenu à la vie.
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SECRET LIES
RomanceLa vie paisible d'Ella prend un tournant sinistre du jour au lendemain, lorsque sa mère disparaît et que son beau-père sombre dans les vices de l'alcool et des jeux. Pour payer les dettes qui s'accumulent et protéger sa famille, Ella se retrouve con...
