Chapitre 37

3.7K 285 16
                                        

Ella

— Arrête de réfléchir et vas-y !

La voix d’Ad me fait sursauter si fort que j’en lâche presque mon soutien-gorge. Je suis en sous-vêtements au milieu de sa chambre, mes fringues éparpillées partout sur son lit comme si j’étais en plein rituel d’invocation du look parfait.
Depuis dix minutes, j’hésite entre une robe blanche sexy, genre "j’assume tout", et un jean avec un top court, genre "je suis cool mais regarde quand même".

— Je sais pas. J’ai même pas répondu à ses messages. Je… j’ose pas y aller.

Ad s’allonge sur son lit, les bras derrière la tête, sourire moqueur affiché en plein visage.

— Toi, t’oses pas ? Où est passée ma Ella, la meuf qui fonce dans le tas sans réfléchir ?

Je reste la bouche ouverte, sans rien à répondre. Cinq jours… cinq jours que je squatte ici. Cinq jours que je mange, dors, respire en pensant à Quinn. Cinq jours que j’ignore ses messages comme une lâche. Et malgré ça, il refuse de quitter ma tête. Ce connard.

— Tu es sûr qu’il sera là-bas ?

— Mais ouiiii. Et si tu continues à hésiter, tu vas le manquer. Alors habille-toi, bordel.

Je souffle, jure dans ma barbe inexistante, et j’attrape le jean et le top. Je dois être maso, j’en suis consciente : je vais à cette course juste pour apercevoir Quinn une seconde.

— Ok, mais je veux pas qu’il me voie.

— Mais bien sûr, dit Ad en levant les yeux au ciel. Et ensuite tu vas rentrer pleurer dans ma chambre parce que « ooooh je voulais le voir mais pas trop non plus ». Sérieux Ella, dis-lui ce que tu ressens. Avec tout ce qui s’est passé… tu mérites un peu de bonheur. Ok, il a merdé, mais il t’a aussi prouvé qu’il serait toujours là.

— Ad, râlé-je en enfilant mon jean,  tu le défends juste parce que tu sais que c’est Q.

Il éclate de rire.

— Ouais, possible. J’adore ce mec. Je réalise toujours pas que c’est lui.

— Et t’as interdiction d’en parler, je te rappelle. Si tu veux, je lui demanderai un autographe. Ça ira ?

— Faudrait déjà que tu lui parles pour ça. Allez, je t’attends dans la bagnole. Grouille-toi.

Ouais… il a raison. Je sais pas pourquoi je bloque. Pourquoi j’ai peur. Pourquoi dès qu’il s’agit de Quinn, j’ai l’impression que mon cœur joue à la roulette russe. Je file dans la salle de bain : maquillage, coiffure, parfum… la totale. Je me regarde une dernière fois. Je ressemble à quelqu’un qui essaie de faire genre elle s’en fout, alors qu’elle est stressée comme si elle allait rencontrer son destin. Je souffle, attrape ma veste… Et je rejoins Ad. Je suis prête. Enfin je crois.

__________

Je me fraye un chemin dans la foule, l’adrénaline au ventre, l’excitation qui me grimpe dans la gorge comme si je revenais d’un voyage de plusieurs années. Les cris, les moteurs qui rugissent, l’odeur d’essence et de sueur… Bordel, ça m’avait manqué. Je sens presque mon cœur danser comme un chien fou. J’aurais peut-être dû lui dire que je venais. Ou peut-être pas. J’avance encore… Et là. Je m’arrête net. Un mur. Une gifle. Un putain d’accident frontal sans ceinture. Quinn. Sur sa moto. Relax. Parfait. Magnifique. Et cette… créature. Cette grosse pute en robe trop courte, collée à lui, ses deux mains plantées sur son torse comme si c’était un territoire à conquérir. Elle se frotte contre lui. Elle rit. Elle joue avec son cuir. Elle lui parle, sourit. Je sens quelque chose se déchirer dans ma poitrine. Mais vraiment. J’ai mal. Comme si on m’enfonçait un poing dans les côtes et qu’on tournait.

SECRET LIESDes histoires addictives. Découvrez maintenant