chapitre 15: piège et désespoir

729 60 8
                                        

Ce jour n'était vraiment pas placé sous un bon signe, ça ne faisait aucun doute...

Preuve étant, il était à court de mot, chose rarissime, ne sachant plus quoi dire à sa vis-à-vis afin de l'extraire de sa torpeur. Assise face à lui, les épaules basses, la mine abattue, Kali tapotait sans conviction du bout de ses baguettes le contenu de son assiette, y étant visiblement des plus insensible.

"Alors, Kali-chan... comment tu le trouves, ce cheval ?"

L'intéressée ne releva même pas la tête vers lui, comme vaincue, arrachant un léger soupire à Gojo, qui ne pouvait s'empêcher de compatir à son incommensurable déception. La jeune hybride avait tant misé sur les évènements de la journée, s'était donné tant de mal pour y assister et avait tant espéré y trouver l'objet de sa quête... Pour que, finalement, tous ses efforts soient balayés en quelques minutes seulement et se retournent même contre elle ...

Normal qu'elle soit comme anesthésiée par le choc...

D'un geste un rien paternel, le porteur du sixième œil tendit le bras par-dessus la table qu'ils occupaient pour ce déjeuner tardif, venant doucement tapoter le haut du crâne de sa silencieuse interlocutrice. Immédiatement, des larmes discrètes et contenues, mais bien présentes, vinrent border le regard d'or de l'européenne, lui pinçant le cœur. Pauvre petite chose...

Les enchères avaient été un terrible fiasco... Et pire encore, un véritable piège.

Ils étaient partis ensemble plus tôt dans la journée, se dirigeant en se chamaillant gentiment (du moins du point de vue de l'exorciste) vers le lieu clandestin où devait prendre place la vente. Il s'agissait d'un ancien théâtre désaffecté, un peu à l'écart de la ville de Kumamoto, espace démesuré et parfait pour réunir des amateurs de reliques occultes.

Il y avait là une faune hétéroclite qui surprenait toujours un peu l'homme aux cheveux de neige, mêlant sans distinction des excentriques ayant eu connaissance de ces ventes dieu seul savait comment, des adeptes de sectes diverses vouant des adorations à une quelconque entité occulte, existante ou non, des héritiers de familles d'exorcistes ou de maitres des fléaux centenaires à la recherche de puissance supplémentaire et bien d'autres encore... Tout ce joli petit monde n'avait qu'un seul point commun, obligatoire à la participation à un tel spectacle : un compte en banque affreusement garni.

Gojo glissa un regard vers la jeune femme, se demandant dans quelle catégorie pouvait se placer l'homme qui l'avait visiblement pris sous son aile, un certain Prasad... Il avait l'air d'un être cultivé, appartenant au grand monde aussi bien humain qu'occulte, à la vue de ce qu'il avait inculqué à sa protégée... Ainsi que des moyens quasi illimités qu'il mettait aveuglément à sa disposition. Quel genre de personnage cela pouvait-il être... Il aurait vraiment bien aimé le savoir. Mais la demoiselle ne divulguait que très peu de détails sur lui, peut-être parce que jusqu'à présent Satoru n'avait cessé de la taquiner, ne la plaçant aucunement dans une position propice aux confidences... Mais bon, il finirait bien par le découvrir ! Il était du genre tenace...

"Bon alors, Kali-chan... On y va ou on y va pas ?" lui adressa le classe S sur un ton léger.

Il se tourna vers l'hybride presque méconnaissable se tenant à côté de lui et qui fixait du regard le bâtiment leur faisant face, visiblement sujette à un stress effroyable la statufiant sur place. Un sourire amusé vint éclore sur les lèvres de l'homme alors qu'il détaillait le déguisement de la demi fléau, admiratif de sa réussite.

Effectivement, elle portait une perruque en cheveux véritable d'un brun tellement foncé qu'il en avait des reflets bleutés, camouflant sa chevelure d'automne dans un court carré strict lui durcissant les traits, la vieillissant un peu. Elle avait également recouvert son visage de multiples couches de maquillage afin de légèrement modifier son apparence, creusant faussement ses joues et affinant artificiellement son nez. Des lentilles de contact de couleur marron cachait l'or de ses yeux et elle avait même poussé le détail en se bandant sans ménagement la poitrine, écrasant sa générosité jusqu'à la rendre presque plate. Les vêtements amples, ternes et un rien dessués qu'elle portait, diamétralement opposé à son style branché habituelle, achevés avec brio sa métamorphose. Incontestablement, il aurait été presque impossible de la reconnaitre ainsi affublée...

et sombrer dans une douce folie.... [Sukuna x oc]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant