QUINZE

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 La place du marché sur laquelle Caius me traîne devait probablement être magnifique avant que la désolation ne tombe sur Doovehill

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La place du marché sur laquelle Caius me traîne devait probablement être magnifique avant que la désolation ne tombe sur Doovehill. Je peux encore distinguer les pavés aux couleurs vives : rouge, rose, bleu, vert. Certains sont encore propres et intacts mais la majorité ont perdus leur éclat. La pluie s'abat sur eux et les lave de la poussière qui s'agglutine au sol. Les gouttes ont commencées à s'abattre peu après que j'ai retrouvée Caius, d'abord légère puis brutale. Désormais il tombe des cordes. Mon chapeau me manque maintenant encore plus qu'auparavant. Il se fait désirer. J'espère pouvoir le retrouver bientôt. Ou au moins en trouver un autre.

Caius me tire par la manche au travers de cette ville qu'il semble connaître comme sa poche. Je ne sais pas où il m'emmène mais je ne vais pas m'en plaindre. Tout est mieux qu'ici sous cette tempête. Le sang du géant coule de ma veste en filet irrégulier dilué par l'eau de pluie, je remercie les intempéries de me garder propre. Je n'en reste pas moins trempée jusqu'aux os. Mais je n'ai pas ce poids qui pèse sur mon coeur. Je me sens étrangement à l'aise. Les boucles du garçon qui me sert de guide ont été rendues plates et fébriles par la pluie, ses cheveux lui caressent le bas de la nuque et quand il se retourne vers moi pour me sourire il a le visage parcouru de gouttes de pluie. Mais je me sens lui sourire en retour, j'ai l'impression d'avoir une sorte de petit frère. Et c'est probablement ridicule car je ne sais même pas ce que cela fait d'avoir un parent. Alors un frère ? Laissez-moi rire. Mais de la même manière que Noé me semblait être comme un amant. De la même manière qu'Ezekiel me semblait être un ami. Il me donne envie de le surveiller et le protéger tout en ayant l'impression que c'est lui qui me protège. Et quand j'imagine ce que cela fait d'avoir un petit frère j'imagine cela. J'ai l'impression de me construire une vie sur des briques faites de mousse en agissant comme s'il s'agissait de pierre et de béton. Le mur est destiné à s'effondrer mais tant qu'il tient il fait illusion. I̶l̶ ̶m̶e̶ ̶s̶u̶f̶f̶i̶t̶.

"Où allons-nous ?" Demandé-je à Caius en criant par dessus la pluie battante.

"Tu verras bien !" Me réponds t-il enjoué.

Alors je le laisse me guider. J'admire la ville puisque je peux désormais lever les yeux au ciel. Il n'y a aucun draers en vue, les monstres non plus n'aiment pas la pluie. Et au loin, derrière plusieurs toits et plusieurs cheminées, se dresse un château. Ou ce qui semble l'être. L'architecture est gothique, les tours sont pointues et les multiples fenêtres sont éclairées par des bougies dont la flamme faiblit face au vent. La bâtisse est noire, entièrement, et je me dis que Noé adorerais y vivre. Je distingue un semblant de pont en pierre devant l'entrée mais la course précipitée de Caius m'empêche d'en être sûre. Avant que le château ne disparaisse derrière les murs des bâtiments je me promets de m'y rendre. Je me promets de faire ce qui me plaît et me tente.

Qu'est ce que je crains de toute manière ? De mourir ?

Ah ! Déjà fait.

Mes propres pensées m'arrachent un sourire et je pense à Noé et Ezekiel. Je pense à eux et je me demande si je serais plus heureuse avec eux ici. J'aimerais que Noé me prenne dans ses bras et me dise que je fais ce qu'il faut. Mais j'aimerais aussi prendre mon propre corps contre moi et me dire : peu importe, n'ai plus peur.

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