Chapitre 1

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Cassiopée

La sonnerie du lycée retentit et je sursaute comme à chaque fois. Elle résonne dans ma tête, je pourrais presque sentir mon tympan vibrer de douleur. Je grimace en rangeant mes affaires dans mon sac. Apparemment, il n’y a que moi que ça dérange. Mes camarades discutent tranquillement, ignorant les commentaires de notre prof comme si ce bruit n’avait jamais existé.

Sérieusement, je suis la seule à qui cette putain de sonnerie file une migraine ?

Je devrais aller en toucher deux mots au directeur. Ce vieux con ne doit pas respecter les normes de décibels. À mon avis, il est tellement sourd qu’il l’augmente un peu plus chaque jour. Je glisse la bretelle de mon sac sur mon épaule et secoue mon oreille du bout du doigt, comme si ça allait chasser ce bourdonnement, avant de sortir pour rejoindre le parking.

J’aperçois Jared, adossé à ma voiture, grand sourire aux lèvres.

— Bonne journée, ma chérie ?

Aussitôt, un frisson me parcourt le corps. À chaque fois que je m’approche de lui, j’ai les poils qui se dressent. C’est mon petit ami. Il a vingt ans. Jared est étudiant. Plutôt grand, cheveux blond foncé, yeux bleus. Musclé. Sympa, calme, peut-être un peu trop tendu. Ça fait deux semaines qu’on sort ensemble. Il vient me voir tous les jours après les cours pour passer du temps avec moi quand je ne suis pas à la dance. En général, on se pose dans un parc, il me regarde bosser mes cours avant de me raccompagner chez moi. Puis il repart faire son jogging, apparemment, il adore courir. Mais aujourd’hui, j’ai pas le temps de traîner.

Je me hisse sur la pointe des pieds pour lui voler un baiser.

— C’était bien. Enfin, si on aime passer des heures à regarder des nombres… génial. Sinon, chiant à mourir.

Je monte dans ma voiture et balance mon sac à l’arrière pendant que Jared s’installe à côté. Je démarre, mets un fond de musique, et il me demande de lui raconter ma journée. Sa main se pose sur ma cuisse, la caresse lentement, et un léger malaise me serre la poitrine quand il la remonte un peu trop.

Parfois, je me demande si mes frissons sont un bon ou un mauvais signe. Ça ne devrait pas me gêner que mon mec me touche ? Si ?

— Tu fais quoi ce soir ? On se fait un cinéma ?

— Non, j'ai pas trop envie, lui dis-je en enlevant sa main.

Je sais pas. Y a un truc. Je ne suis pas tout à fait à l'aise avec lui. Et pourtant il est parfait. Parfois, je me demande s’il est vraiment réel. Il ne me contredit jamais. Il est toujours disponible. Il m’écoute sans broncher, sans jamais m’interrompre. Je choisis les films, la musique, tout. Il me laisse faire tout ce que je veux sans jamais se plaindre. Sans jamais donner son avis. La seule chose sur laquelle il insiste un peu, c’est… le sexe. Il ne le dit pas franchement, mais je le sens. Quand on s’embrasse, qu’il me caresse, il devient plus pressant, presque fébrile, il a dû mal à s'arrêter. Je dois le repousser pour qu’il se calme. Je ne suis pas prête à faire l'amour. Deux semaines, c’est trop tôt. Et je ne suis même pas sûre de l’aimer... ouais en fait je ne ressens rien pour lui. Juste des putains de frissons étranges. Et puis, niveau conversation, c’est pas folie. Il passe son temps à m’écouter, trop, même. Il me pose des tas de questions sur mon enfance, ma mère, où j’ai grandi, ce que je faisais. Parfois, c’est bizarre. Parce qu’au fond, je ne sais rien de lui.

Ouais, lui et moi, ça ne marchera pas.

Après quelques kilomètres, je remonte l’allée de chez moi. La voiture saute sur les cailloux du chemin terreux, secouant tout à l’intérieur. On habite une petite maison isolée, en plein milieu de la forêt. Ma mère dit qu’elle aime le calme. Moi, je dis qu’elle est légèrement parano. Elle déteste la foule, les voisins, les visites. Bref, tout ce qui respire un peu trop fort. Je me gare en frottant mes yeux. Mes lentilles me gênent encore. Depuis toute petite, je dois en porter. Ma mère prétend que j’ai une maladie rare des yeux. Charmant. J’ai pas le temps d’ouvrir la portière que Jared s’en charge déjà, avec ce sourire de tombeur qui frôle l’insupportable. Sa peau est tellement lisse qu’on dirait une poupée. Aucune imperfection. Pas un pore. Rien. Un peu comme la mienne, mais plus flippante.

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant