Chapitre 44

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Cassiopée

Je suis une chasseuse. Non… je suis une loque. Une chasseuse en dépression. J’ai l’impression d’être revenue en arrière de plusieurs mois, coincée dans cette chambre où je pleurais jour et nuit comme une âme damnée. Trois jours que je suis recluse ici avec mon chaton, sans aucune envie, aucun souffle, juste ce poids écrasant dans ma poitrine qui refuse de partir. Jace me manque. C’est pathétique mais c’est vrai. Depuis que Louna et Shawn m’ont ramenée, je n’ai pas quitté mon lit. À chaque fois que je croise le regard de mon chat, je fonds encore plus. Parce que c’est lui. Parce que c’est le plus beau cadeau qu’il m’ait fait. Robert n’a rien compris quand il m’a vue débarquer en larmes, incapable de prononcer la moindre phrase. Tout le monde m’a demandé si Jace m’avait fait du mal. Mais c’est moi. C’est moi qui l’ai brisé. Moi qui ai tout détruit. Je pensais que Jace viendrait. Qu’il s’en foutrait de nos règles et qu’il me ramènerait de force dans ses bras. Mais non. Il tient encore parole, le con. Une fois de plus. Il me respecte  au point de me laisser m’effondrer seule dans mon lit. J’ai l’impression d’être vidée. Comme si mon corps réclamait le sien. Je suis en manque. En manque de sa présence, de sa force, de sa puissance qui m’électrisait quand il était près de moi. Je ne pensais pas que ça deviendrait vital. Et maintenant que c’est parti, je ne ressens plus rien. Juste un vide féroce qui me ronge de l’intérieur. J’en ai marre d’être forte. Marre de faire semblant. Marre de survivre. J’ai dix-huit ans et j’ai l’impression d’avoir traversé plusieurs vies. Et chacune d’elles était un massacre. À mon âge, je devrais stresser pour mes études, pour l’université, pour mes fringues. Savoir avec qui sortir. Avec qui rire. Comment vivre. Mais non. Moi, ma vie tient en deux mots : les vampires. Ça passera. Il me faut juste du temps. Je finirai par me relever. Je finis toujours par me relever. Je ne dois pas rester ici, je le sais. J’ai quitté Jace pour ne pas le mettre en danger. Et je dois aussi proteger mes amis. Je ne sais pas quand je vais dérailler, quand je vais perdre le contrôle. Ça pourrait arriver à tout moment.

J’étends le bras vers une bouteille. Je la porte à mes lèvres… rien. Ma gorge se serre. Je secoue la bouteille. Rien. Un sale rire m’échappe, totalement nerveux. Je frappe du pied contre mes draps comme une gamine en colère. Je me redresse pour en chercher une encore à moitié pleine. Je fais pitié. Encore. Des bouteilles jonchent le sol comme les preuves d’une spirale que j’ai déjà connue, déjà vécue, déjà détestée.

— Cassie. Bouge ton cul et viens avec nous.

Alex entre sans frapper. Ma porte reste ouverte pour que mon petit Donut puisse vadrouiller comme il veut. Je lève la bouteille vide vers lui.

— Ramène-moi des bouteilles, s’il te plaît.

— Lève-toi si t’en veux. Tu ressembles à un zombie.

— J’ai pas la force. Je suis crevée.

— Putain… mais qu’est-ce qu’il t’a fait, ce connard de vampire ?

— Rien. Laisse tomber.

— Allez, balance. Je vais faire comme si ton côté alcoolique était normal. On a l’habitude. Mais là… c’est bizarre.

— Je suis bizarre, Alex. T’as pas oublié.

Je le dis avec la voix d’une morte. Parce que c’est ce que je suis. Une version réduite, fracassée, écrasée de moi-même. Une chasseuse brisée. Une gamine en morceaux. Une âme qui essaye juste de ne pas se noyer dans son propre chagrin. Et rien, absolument rien, ne fait plus mal que l’absence de Jace.

— Ouais, ça c’est clair, mais on est inquiet. Tu veux même plus chasser !

— Je suis malade ! Je reprendrai. Allez, donne-moi une bouteille !

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant