Chapitre 4

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Cassiopée

Ça fait maintenant deux semaines que ma mère est morte et que ma vie a explosé en morceaux. Deux semaines que je reste allongée, immobile, à regarder le plafond. On a juste changé d’endroit : nouvelle planque, même odeur de métal et de cuir, mais maintenant c’est la Californie. Même horizon, même bordel. Les photos d’elle et moi sont punaisées au-dessus de mon lit. Je les regarde comme on relit une prière, son sourire énorme, ses yeux qui pétillent. Je passe des heures à me noyer dans ces images, à relire sa lettre jusqu’à m’endormir en sanglots. C’est tout ce qui me reste d’elle. Louna m'a amenée des vêtements, de la musique, c'est tout ce que je voulais. Et aussi de l'alcool... des litres d'alcool. Je tends la main pour attraper une bouteille en pensant à mes amies. Les filles et moi, on faisait des concours qui finissaient en défis à boire : qui tient le plus sans vomir. Je gagnais. Forcément. J’ai une descente hors normes. Mes copines n’en revenaient pas, j'étais jamais malade. Je comprends pourquoi. Ma bouteille est vide. Je tourne la tête pour en attraper une autre en regardant autour de moi. C'est un putain de cimetière de bouteilles.

Je fais pitié.

Je balance la bouteille à terre et m’enfonce visage contre l’oreiller, la gorge serrée.

« Allez, Cassie ! Debout ! Il, il y a une odeur horrible qui pue et ça vient de toi ! » j’entends presque la voix de ma mère. Elle me secouerait, me forcerait à me lever. À vivre. Je n’ai aucune idée d’où est son corps. J’ai pas mon téléphone, je n'ai pu prévenir aucune de mes amies. Je ne sais pas quoi faire ?

« Combattre, » souffle une petite voix dans ma tête, enfin pas vraiment une voix, plutôt un délire, un truc qui me traverse comme une lame chaude. Je me redresse d’un coup. Le lit grince. J’attrape la photo d’elle, je frotte l’image contre ma joue.

— Tu as raison, maman. Je ne vais pas crever ici. Je vais me battre. Je vais faire souffrir ceux qui t'ont fait du mal.

Je me jette sur mes affaires, fouille le sol, attrape mon legging de sport, la brassière. Je remets ma vieille tenue de danse. Je n'ai même plus envie de danser. Je rassemble mes cheveux sales en queue de cheval, j’ignore la douche, j’inspire profondément et j’ouvre la porte. Ils sont tous dans une pièce qui sert de salon, de cuisine, ils mangent, et leurs têtes se lèvent quand j’entre.

— Tiens, voilà l’alcoolique, marmonne Alex, sans lever sa fourchette.

Robert se redresse, visiblement soulagé de me voir debout. Il m’invite d’un signe à m’assoir. Louna, accrochée sur les genoux de Shawn, mâche un chewing-gum en faisant des bulles roses.

— On a plus de stock, annonce Louna comme si elle donnait la météo. T’as tout vidé.

Ouais merde, je suis une égoïste.

— Bravo, t’as fini par te lever, se moque Shawn.

Je traverse la pièce. Chaque pas résonne. Je me plante devant Robert, les yeux en feu.

— Apprends-moi. Je suis prête.

Louna fronce le nez et s'avance pour me renifler.

— La vache, tu pues.

— Cassie, commence Robert, d’un ton calme. Je sais pas si c’est une bonne idée maintenant. Ta mère…

— Est morte, se coupé-je. Elle est morte et je veux me venger. Apprends-moi à tuer un vampire. Je veux qu’ils souffrent. Je veux retrouver Jared et lui couper la tête moi-même.

Silence. Le monde retient son souffle. Alex me jauge, le sabre posé au creux de ses jambes. Shawn et Louna échangent un regard excité. Robert pose sa fourchette.

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant