Chapitre 42

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Cassiopée

J’ai un immense sourire planté sur mes lèvres quand Jace me repose. J’y crois pas ! La tour a des murets tout autour, un vieux télescope en métal et une trappe pour y accéder. L’air est plus frais ici, plus pur. Je lève la tête vers le ciel, le cœur battant, prête à la chercher.

— Elle est où ?

Jace m’attrape par les épaules et me fait doucement pivoter de l’autre côté. Son geste est calme, presque solennel, comme s’il s’apprêtait à me montrer un secret de l’univers.

— Il y a 88 constellations. Ta constellation est visible à l’œil nu. Il y a des saisons où elle brillera plus fort. Elle se situe dans l’hémisphère Nord. Tu sais comment la trouver ?

— Il faut trouver la Grande Ourse. Ma mère disait qu’elle était à l’opposé.

— Exact. Au nord-est, plus précisément. Regarde là, dit-il en levant son doigt vers le ciel noir. Pour te repérer, cherche d’abord la Grande Ourse. Tu la vois ?

Le ciel est d’un noir profond, presque de velours, et laisse apparaître des milliers d’étoiles, fines, éclatantes… vivantes. Aucun nuage pour les cacher, rien que l’infini.

— Oui.

— Cette constellation est composée de sept étoiles. En réalité de bien plus, mais on en retient sept qui dessinent une casserole.

— Oui, elle est très reconnaissable.

— Maintenant trace un trait imaginaire du côté opposé du manche. Tu vas tomber sur l’étoile polaire. Elle brille bien ce soir. Elle fait partie de la Petite Ourse. C’est un repère pour tous les navigateurs, les scientifiques. Elle ne bouge jamais, même si la Terre tourne. Elle indique toujours le nord.

La vache… comment il sait tout ça ? J’ai dû dormir en cours... Je fais ce qu’il me dit. Son doigt pointe toujours le ciel… et ses lèvres effleurent mon oreille. Il me donne des frissons, mais je reste concentrée. Je suis tellement excitée d’être là.

— Maintenant continue. Prolonge la ligne. Il y a plein d’étoiles qui se regroupent mais tu vas voir les cinq plus brillantes. Elles forment un W légèrement incliné.

Je ne cligne pas des yeux. Mon regard fouille le ciel, saute d’un point à un autre… et soudain je la vois. Le W. Ma constellation. Celle qui m’a donné mon prénom. Celle que ma mère aimait tant. Un sourire immense me traverse, un sourire d’enfant. Mon cœur tressaute, se serre et se brise en même temps. Tout ce temps, ça ne m’intéressait pas. Je n’avais jamais voulu savoir d’où venait mon prénom… mais maintenant, elle est là, sous mes yeux. Comme sur mon tatouage.Comme dans les histoires que ma mère me racontait. J’ai des frissons partout.

— C’est incroyable… elle est magnifique, soufflé‑je en sentant mes larmes monter. Je la vois, Jace.

— Tu sais pourquoi elle a cette forme ?

— Oui. On dit que pour son orgueil, la reine a été enchaînée à son trône, condamnée à tourner autour du pôle Nord, parfois la tête en bas, de façon très peu digne. Ça peut ressembler à un M aussi.

— Exact. Tu as un magnifique prénom, Cassiopée.

Je ferme les yeux une seconde.

— Ma mère disait que j’étais son étoile.

Les larmes envahissent mes yeux sans que je puisse les retenir. Je n’ai jamais cru au paradis, ni à Dieu, ni aux histoires qu’on raconte pour consoler les vivants. Mais les vampires existent… alors peut-être que tout le reste aussi.
Peut-être qu’elle est quelque part là-haut. Peut-être qu’elle me voit. Mes épaules tremblent, les larmes coulent sans s’arrêter, brûlantes, incontrôlables. J’ai tellement mal au cœur. Je donnerais tout pour la revoir encore une fois. J’ai pas eu assez de temps. Et sous ce ciel immense, face à la seule chose qu’il me reste d’elle… j’ai l’impression d’être à la fois minuscule et infiniment reliée à elle.

CASSIOPÉEDes histoires addictives. Découvrez maintenant