Chapitre 31

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Cassiopée

Je me gare devant le port, fronçant les sourcils en voyant qu’on s’arrête là. L’eau est d’un noir d’encre, les lumières du quai se reflètent sur les vagues en milliers de paillettes tremblantes. Jace, lui, descend déjà de la voiture sans un mot, toujours scotché à son téléphone depuis qu’il a reçu ce message. Pas un regard, pas une explication. Typique quoi. Je coupe le moteur, claque la portière et le rejoins, mes cheveux s’envolent dans tous les sens à cause du vent glacé qui vient du large. Il se tient au bout du ponton, silhouette immobile, la mer en face. Je le regarde, me demandant ce qu’il ressent. Il va enfin mettre un pied dans ce réseau… celui où Sarah a disparu avant de mourir.

— Jace, le ferry est fermé. On pourra pas traverser par là. On peut faire le tour en deux heures.

— Je sais. Mais pas besoin.

— Ah ouais ? On va faire une course ? Celui qui y arrive en premier à la nage a gagné ?

— Toujours aussi drôle, marmonne-t-il avec un petit sourire. Monte sur mon dos, il y a plein d’araignées mutantes dans l’eau qui vont vouloir te bouffer.

Il se croit drôle, ce con ?

— Je te rappelle que moi, je respire. Tu veux me noyer, c’est ça ?

Je coince mes mèches derrière mes oreilles, les bras croisés, et tape du pied comme une gosse de cinq ans. Il éclate de rire, ce qui m’énerve encore plus.

— Mon petit chat, tu es d’une patience légendaire. Arrête de bouder et viens dans mes bras, on y va en volant.

Je cligne des yeux. Il a bien dit voler ? Oh, mais c’est trop bien ! Mon cœur fait un bond. Je cours vers lui, toute excitée à l’idée de survoler la mer comme une héroïne de Marvel.

— Tu déconnes ? On va vraiment y aller par les airs ?!

— Non.

Je m’arrête net. Oh mais il fait chier ! Je pousse un grognement de frustration, ce qui le fait rire de plus belle. Il se retourne pile au moment où je lâche un très distingué : Sale con !

— J’adore voir ta petite tête bouder, dit-il avec un sourire de sale gosse.

— Oh arrête de rire ! On y va comment, du coup ? Pourquoi on est ici ?

Le message disait que le lieu de rendez-vous se trouve à Braindridge Island. On peut rejoindre cette île par la route… ou en ferry. Mais vu que le ferry roupille pour la nuit, je commence à me dire qu’on va devoir camper ici. Jace pivote lentement, son regard brille d’un éclat amusé, puis désigne quelque chose derrière moi.

— On y va en naviguant, ma jolie.

Je me retourne… et je reste figée. Juste à côté du quai, amarré dans toute sa splendeur, trône un yacht blanc. Pas un bateau de plaisance banal, non. Un bijou. La coque est immaculée, l’acier poli renvoie les reflets des lampadaires, et les cordages sont si nets qu’on dirait qu’ils sortent d’un shooting publicitaire pour milliardaires. Il doit bien faire vingt mètres de long, avec deux ponts, des hublots immenses et un drapeau noir qui flotte à l’arrière.

— Tu vas voler un bateau ?

— Mais non, soupire Jace. C’est le mien.

— Le tien ?!

— Ça fait longtemps que je suis pas parti en mer.

Je reste la bouche ouverte. Le sien. Sérieusement. Monsieur a un yacht personnel et il trouve encore le moyen de soupirer comme si c’était banal. Je ne devrais pas être étonnée, vu sa baraque, mais là… c’est carrément abusé.

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant