Cassiopée
— À ton tour, me dit Jace en terminant d’enfiler un pull fin beige.
Sylvia a fait des miracles. J’ai du mal à reconnaître Jace : fini le noir absolu, fini l’aura ténébreuse qu’il traîne comme une seconde peau. Elle a commencé par changer la couleur de ses cheveux d’un noir de jais, ils passent à un blond foncé cendré, avec des reflets châtains qui adoucissent ses traits. Elle lui a glissé un jean clair, un pull beige simple : sobre, presque banal. L’homme qui me fait face est toujours magnifique, mais il a perdu ce côté « ombre » que j’aime tant. Et pourtant… ça lui va. Terriblement. Mais pour moi, rien ne vaut son côté ténébreux habituel.
— Interdiction de couper mes cheveux et de les teindre.
Personne ne me connaît, moi.
— Comme tu veux, me répond Jace. Sylvia, maquille-la pour lui donner l’air fatigué.
Sylvia me tend une tenue simple. Elle me dit d'aller me changer avant de commencer. Je me déshabille pour mettre une robe blanche. Elle est longue et beaucoup trop grande pour moi. On dirait une robe de nuit, style ancien temps. Alors c'est à ça que ressemble une esclave de vampire ? Charmant. Je les rejoins quand j’entends Jace demander, d’une voix basse, si elle a bien pris les lentilles qu’il a demandées. Sylvia me fait asseoir au bord du lit et détache mes cheveux, elle m’examine en silence, méthodique, professionnelle. Puis, sans même insister, elle attrape une brosse et commence à travailler ma crinière.
— Tu vas les laisser détachés, je vais juste ébouriffer un peu, commente-t-elle. Tu as de beaux yeux, pourquoi des lentilles ?
Ça, elle ne le saura jamais. Jace se contente d’expliquer qu’on ne doit pas se faire remarquer, et elle hocha la tête. Suffisant comme excuse. Pendant une bonne demi-heure, elle s’occupe de moi avec une patience clinique. Le maquillage est un chef-d’œuvre de mensonge, elle creuse de fines cernes sous mes yeux, camoufle ma peau avec des poudres qui me donnent l’air épuisée, ajoute une ombre discrète sur une joue, un faux hématome, et atténue la vivacité de mes lèvres. Elle travaille chaque détail jusqu’à ce que mon reflet dans le miroir me renvoie l’image d’une fille malade, cassée, oubliée. Le changement est parfait : je suis méconnaissable. Jace s’approche. Lentement, il remonte mon menton du bout des doigts et m’inspecte comme un tailleur qui vérifie une couture.
— Parfait. Le maquillage n’a aucune odeur.
— Elle sent tellement ton odeur que ça m’étonnerait qu’on remarque, souffle Sylvia. Évite de toucher ton visage et ton cou, Cassie. Ça tiendra plusieurs heures.
Je hoche la tête, consigne enregistrée.
Elle range ses pinceaux, ses tubes et ses boîtes avec une rapidité professionnelle. Puis, comme pour conclure le spectacle, elle sort une petite bouteille qu’elle lance à Jace, lui la rattrape sans regarder.
— C’est pour tes cheveux, annonce Sylvia en souriant. Une décoloration. Tu es sexy, tu devrais garder cette couleur. Bon, je vous laisse. N’oublie pas de la mordre. Amusez-vous bien.
Je la fixe quand elle s’éloigne, l’entendant claquer des talons sur le pont. Sa phrase me tombe dessus comme un coup de froid. J'ai bien compris ce qu'elle vient de dire ?
— Me mordre ? En plus de mon corps, tu veux mon sang.
Je me tourne vers Jace. Il dépose son flacon sur le lit, hoche la tête comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.
— Une esclave se donne à son maître de toutes les manières, Cassie. Il te faut quelques traces.
— J'ai pas très envie, Jace. Les vampires peuvent croire que tu lèches mes plaies après tes repas ?
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CASSIOPÉE
RomanceCassiopée, 17 ans, pensait mener une vie ordinaire... jusqu'au jour où sa mère lui révèle un secret impensable : elle est une hybride, à moitié humaine, à moitié vampire. Des crocs, des yeux verts étincelants ? Cassie refuse d'y croire. Les vampires...
