Cassiopée
— Cassie ! Allez, bois !
On me secoue, comme si on pouvait faire revenir quelqu’un en le frappant fort. La pièce tourne, un halo lumineux floute tout autour de moi. Au-dessus de moi, le visage de Jace se dessine, inquiet, magnifique. Même flou, il est beau, presque indécent, avec ses traits parfaits qui me transpercent la poitrine. Je bois ce qu'il y a contre mes lèvres. J'avale, encore et encore. Un liquide épais glisse dans ma gorge. C’est… chaud, étonnamment agréable. Délicieux. Des picotements rampent sous ma peau, une chaleur diffuse qui s’installe dans mon ventre, puis dans mes bras. Ma vue se clarifie, les contours reviennent, comme si on essuyait une vitre embuée.
— T’es vraiment beau.
— C’est pas le moment, tu es encore plus pâle que moi, j’ai eu peur.
— Peur de quoi ? T'as pas de sentiments.
— Ferme là et bois, ordonne sèchement Jace en reposant quelque chose sur ma bouche.
Je le bois sans me poser de question. Le goût est presque comme un sirop épicé. Mes muscles retrouvent de la force. L’air entre mieux dans mes poumons. Un sanglot de soulagement me monte à la gorge.
— C’est quoi ? dis-je entre deux gorgées. J’aime bien.
— Mon sang.
Du sang ! Toutes les images me reviennent d’un coup : Levis, l’ascenseur, la morsure qui avait déchiré ma peau. Je me redresse d’un coup, la robe collée à ma peau, mon corps, nu, baigne dans une aura de rouge sombre. Je me dépêche de prendre un drap pour me couvrir, en l'insultant de pervers détraqué. J'essuie ma bouche en crachant le sang qu'il me reste par terre
— C’est dégueulasse ! Merde, je t’ai dit que je voulais pas boire ton sang, je suis pas un putain de vampire !
Il me regarde presque amusé : pas de reproche, juste une constatation.
— Bon, pas de doute, c’est bien toi, dit Jace en esquissant un sourire.
Bien-sûr que c'est moi ! Je passe la main sur mon cou, je ne sens plus rien, tout a cicatrisé et je suis toujours humaine, enfin presque. Je veux le détester, le gifler, et en même temps, une part sous de moi reconnaît l’évidence : sans lui, je serais morte.
— Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne savais plus parler, plus me défendre.
Je passe mes doigts sur mes tempes, un éclair me traverse la tête. Tout explose autour de moi : l'odeur du sang domine la pièce, mais pas seulement. J'arrive à sentir les odeurs qui viennent des cuisines, les sauces. La javel de la femme de chambre qui frotte les couloirs vienne-à-moi comme si j'étais collée à elle. J'entends les voix des gens, les voitures qui passent dehors grincent jusque dans mes os, un oiseau qui bat des ailes fait vibrer l'air contre mes tympans. C’est trop. C’est trop et en même temps c’est… incroyable. J'ai un sourire aux lèvres quand j'entends la conversation de deux employés qui se plaignent de la patronne. Andréa. Je ne suis pas la seule à ne pas l'aimer.
Tous mes sens sont en alertes et décuplé. Je resserre le drap sur moi qui glisse en faisant un nœud. La lumière monte d'un cran : les couleurs sont plus nettes, chaque filament de poussière dans la pièce se découpe. Mon regard se fixe sur Jace, c'est le même qu'avant, mais tout est différent. Son savon, la façon dont son pull accroche la lumière, le mouvement de ses cheveux quand il remue la tête. Mes sens sont des couteaux affûtés, tout m'atteint. Jace me regarde, ses canines sortent, ses yeux brillent.
— Tes yeux, Cassie. Qu'est-ce que tu ressens ?
— Ton gel douche, j'aime bien l'odeur.
— Je parle pas de ça...
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CASSIOPÉE
RomanceCassiopée, 17 ans, pensait mener une vie ordinaire... jusqu'au jour où sa mère lui révèle un secret impensable : elle est une hybride, à moitié humaine, à moitié vampire. Des crocs, des yeux verts étincelants ? Cassie refuse d'y croire. Les vampires...
