Chapitre 30

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Cassiopée

Ça fait déjà une semaine que je suis rentrée à la villa de Jace. Une semaine à tourner en rond. Je m’ennuie à crever. Je veux chasser, retrouver mon père et lui arracher la tête. Jace dit que ce sera pour bientôt. On attend aussi ce fameux message qui nous mènera à Stanley. En attendant, notre quotidien se résume à : s’entraîner, s’entraîner encore, améliorer ma vitesse, ma précision. Tous les jours je bois un verre de son sang, et il avait raison : je suis beaucoup plus forte, plus rapide. Ça me fout en colère d’être obligée de l’admettre. Mais ce qui me rend encore plus folle, c’est que j’aime ça. J’engloutis mon verre jusqu’à la dernière goutte, et j’ai envie d’en reprendre.

J’espère réussir à m’en passer après la guerre.

— À quoi tu penses ? murmure Jace en caressant mon tatouage sur ma clavicule.

Je tourne la tête et pose ma joue contre son torse. On est nus dans mon lit. Comme après chaque entraînement on finit par faire l'amour. Son visage est détendu, je frotte mon nez contre sa peau et l’embrasse avant de regarder le plafond, un sourire un peu triste aux lèvres.  Depuis mon anniversaire on ne se quitte plus. On couche ensemble tous les jours. Plusieurs fois par jour, sauvagement ou tendrement selon nos envies. Ça me gêne de faire l'amour dans sa chambre. Quand je suis là‑bas, je vois Sarah partout. Et ce qui me fait encore plus mal c'est cette putain de bague qu'il porte autour de son cou. Un symbole qui reste sous mes yeux constamment. J'ai l'impression d'être juste le second choix.

J’aimerais qu’il enlève cette bague. J’aimerais qu’il efface la partie du passé qui me blesse.

— Pourquoi Marcus voulait transformer autant d’hommes ? demandé-je, la voix plus dure que je ne veux.

Ses doigts suivent la constellation tatouée sur ma peau.

— Plus tu transformes de gens, plus ton pouvoir augmente.

— Tu m’en as jamais parlé. Il se moque de qui ils sont ? Il veut juste être puissant ? Quel est son but, au fond ?

— Ça manière d'opérer ne me surprend pas, dit Jace en passant ses doigts dans mes cheveux. Il sélectionne les meilleurs. Je le connaissais de réputation. Beaucoup veulent le pouvoir, prendre la place d'Edwin. Ils sont prêts à transformer des centaines d'humains pour être encore plus fort.

— Alors pourquoi ne pas prendre même les perdants, pourquoi prendre le vainqueur ?

— Pour avoir des guerriers. Les créateurs comptent sur leurs enfants

Bandes de cinglés.

— Raconte-moi, Jace. Comment tu es devenu un vampire ? Tu as quel âge exactement ? Je ne connais presque rien sur toi. Ta mère était une pute, mais ton père ? Et toi ?

Et surtout qu'est-ce que tu as fait en 1816 ?

Il reste silencieux un instant, son regard se perd dans le vide, avant qu’un léger sourire amer étire ses lèvres.

— Je suis né en 1781. Je venais de fêter mes trente et un ans quand j’ai été transformé.

Je me redresse légèrement, les yeux écarquillés. Bordel de merde. Alors il a 241 ans ! Sa transformation s'est passée en 1812. Et moi qui trouvais que Jules, avec ses quatre-vingts ans, c’était déjà vieux.

— Putain… t’es plutôt bien conservé pour ton âge. Pas une ride, pas un cheveu blanc. Tu as dû vivre tellement de choses. Ça fait quoi, de voir le monde changer alors que toi, tu restes le même ?

Il souffle un rire sans joie.

— Au début, c’est grisant. On croit qu’on est le maître du monde. Mais quand tu t’attaches aux gens… ils finissent toujours par mourir.

CASSIOPÉEDes histoires addictives. Découvrez maintenant