Chapitre 48

2.7K 234 30
                                        

Cassiopée

9 mois plus tard.

Je fredonne une petite comptine en glissant mes doigts dans le pelage soyeux de mon chat. Donut ronronne si fort qu'on dirait qu'il vibre de tout son corps, étirant ses pattes énormes avec un air de roi paresseux. Il est devenu immense, mon gros bébé. Je ne pensais jamais pouvoir aimer un animal comme ça... Peut-être parce qu'il est un morceau du passé, un morceau de Jace. Mais surtout parce qu'il a été mon refuge, mon soutien silencieux. Sans lui, je ne suis pas sûre que j'aurais survécu à l'absence. Du coin de l'œil, je le vois observer mon autre bébé : celui qui remue doucement ses petits doigts. Ma fille. Mon amour. Mon univers. Elle est parfaite. Je suis folle d'elle. Je pourrais passer mes journées à l'embrasser, à la serrer contre moi comme si elle risquait de disparaître. Mais je la laisse s'endormir tranquillement. Elle est étendue sur son tapis, juste à côté de Donut et moi, dans son petit pyjama blanc étoilé en velours, aussi douce qu'un rêve. Quand j'arrête de fredonner, son petit nez se plisse. On dirait qu'elle murmure : Encore, maman... Mais c'est l'heure de dormir. Pour elle... et pour moi. Je suis épuisée.

— Toi aussi tu es magnifique, chuchoté-je. Tu as en toi la force, le courage, l'intelligence. Tu es puissante et magnifique. Tu es ma petite étoile.

Chaque jour, je lui dis exactement ce que ma mère me disait. C'est ma façon de la garder en vie. C'est ma façon de transmettre ce qui m'a construite. Je l'aime au point d'en avoir mal. Je la protégerai de tout, qu'importe le prix. Je ne lui mentirai pas sur sa nature : c'est une hybride. Elle devra vivre avec, apprendre à se défendre, comprendre le monde cruel auquel elle appartient. Je ferai tout pour qu'elle soit prête. Parfois, la nuit, quand le silence est trop lourd, je me demande si j'ai été égoïste en la gardant. Elle sera traquée. Haïe. Menacée. Comme moi. Comme tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases.

Est-ce que j'ai eu raison de lui offrir une vie aussi dangereuse, juste parce que je l'aimais déjà trop pour l'abandonner ?

Quand ses yeux ont brillé pour la première fois, ce vert incandescent, j'ai pleuré. J'ai compris à ce moment-là qu'elle ne serait pas humaine. Et que Jace ne serait pas là pour voir ça. Pour la prendre dans ses bras. Pour me dire que tout irait bien. Elle me ressemble... et pourtant non. Parfois, je retrouve un peu de lui dans son regard, dans la forme de sa bouche, dans la manière dont elle serre ses petits doigts. Elle a déjà deux mois, deux mois que j'ai entendu son premier cri, deux mois que je suis devenue mère. Ma grossesse a été un enfer. Mon accouchement encore pire. Sans Jules, on serait mortes, toutes les deux. Mais je ne changerais rien. Elle a donné un sens à ma survie. Elle m'apaise. Elle me recolle. J'ai arrêté de chasser. J'ai disparu. Je me suis effacée du monde pour la garder en vie. Je me débrouille, même si c'est loin d'être simple. Je change souvent d'endroit. Je n'ai personne pour me dire comment faire, personne pour me guider. Je me suis documentée, j'ai appris seule, j'ai improvisé. Je fais de mon mieux... pour elle. La seule chose qui me rassure, c'est qu'elle n'aura jamais besoin de médecin. Qu'elle ne tombera pas malade. Qu'elle est une petite force de la nature. Elle n'existe dans aucun registre. Aucun fichier. Aucune base. Aucune preuve qu'elle respire. Et j'espère garder son existence secrète le plus longtemps possible. Parce qu'elle est ma lumière. Mon secret. Ma raison de continuer d'avancer.

La seule personne qui connaît son existence, c'est Jules. Il a été incroyable avec moi, d'une loyauté sans faille. Sans lui, jamais je n'aurais tenu. Il vient me voir régulièrement, toujours discret, toujours calme. Il sait où je suis, j'ai bu de son sang pour qu'il puisse me retrouver si jamais il y avait un problème. On fait attention, on reste prudents, et pour l'instant... c'est calme.
Aucun vampire n'a réussi à remonter jusqu'à moi. Ni Edwin. Ni Jace... Mon cœur se serre, comme chaque fois que son prénom traverse mes pensées ou que je regarde ma fille. Il n'a jamais cherché à me retrouver. Lui aussi aurait pu sentir où j'étais. Et pourtant... rien. Il me manque. Terriblement. Jusqu'à en avoir mal physiquement. J'ai essayé de l'appeler, je n'arrivais plus à respirer sans lui, mais son numéro n'existait plus. Alors j'ai dû accepter la vérité : il ne m'a jamais aimée comme j'ai pu l'aimer. Pas comme il aime Sarah. Pas comme moi je l'aime, encore, malgré tout. J'essuie une larme en observant ma fille qui s'endort enfin. Elle est si petite. Si fragile. Si pure. Elle n'a aucune idée du chaos qui entoure sa naissance, aucune idée de la violence qui lui pend au-dessus de la tête. Je ferai tout pour qu'elle garde sa lumière, sa douceur. Elle va vivre ce que j'ai vécu. Elle connaîtra la rage, l'instinct, les pulsions. Mais je serai là pour la guider, pour l'aider à contrôler ce qui la traverse. Pour l'aimer assez fort pour effacer le reste.

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant