Cassiopée
Ça fait déjà trois semaines que je dégomme des suceurs de sang. Il y en a partout là où on est installés. Tous les soirs on arpente des boîtes différentes et je finis par repartir avec un prétendant qui termine la nuit la tête coupée.
C’est devenu mécanique. Souvent ils me racontent leur vie, leurs rêves. D'autres disent qu'ils cherchent l'amour, d’autres ne perdent pas de temps et veulent me bouffer dès que je monte dans la voiture. J’utilise toujours la même technique : je fais croire que j’ai trop bu. Ça marche, encore ce soir. Je suis dehors, en le laissant me peloter les fesses. J’ai repéré ce vampire dès que je suis arrivée, et j'ai vidé deux bouteilles en l’écoutant parler avant qu'il décide de m'emmener. J'en avais rien à foutre de sa vie, mais alors à un point... Puis son masque tombe. Il me plaque, sa main serre ma gorge, l’homme brisé par sa copine qui vient de le quitter s’efface, et sa voix n’a plus rien de doux.
— Ta gueule, ça va aller vite, ordonne-t-il quand je lui dis de me lâcher.
Je sens ses dents frôler ma jugulaire. J’ai la lame planquée dans ma manche. Je la sors d’un mouvement sec, les yeux toujours sur lui.
— Tu sens tellem...
Je lui enfonce près du cœur d'un coup sec sans le tuer.
— Ouais je sens bon, je sais. Merci. Si tu bouges je te l'enfonce, tu iras rejoindre tes petits copains.
La lame en travers de sa poitrine. Il ne bouge pas. Je presse un peu plus pour lui prouver que je ne rigole pas. Les crocs sont sortis, ses yeux virent au vert.
— Putain mais tu es qui ?
— Je cherche un certain Jared. Tu le connais ? Un enfoiré de vampire comme toi.
Il grogne, la mâchoire qui claque.
— Non, mais j'espère qu'il te fera souffrir, salope.
Je tourne la lame lentement, sans hâte, parce que j’aime bien qu’ils regardent avant de partir. Je lui souffle qu’il fera de beaux rêves et j’enfonce la lame dans son cœur, en le regardant s'écrouler. J’attrape ses pieds, je le traîne jusqu’à la voiture où Louna m’attend, à moitié affalée, chewing-gum aux lèvres, le nez collé à son téléphone.
— Encore un qui était pressé, lâche-t-elle en riant. Pourtant les préliminaires, c’est tellement bon.
— Louna tu es une obsédée, marmonné-je en ouvrant le coffre.
— Possible, un coup de main ? propose-t-elle, sans quitter son écran.
— Oui, il est lourd. Je te laisse le décapiter. Cadeau.
— Trop sympa... attends je suis dans un niveau hyper difficile... allez merde, tire, tiiiiiire... ah j’ai gagné !
Elle descend me filer un coup de main. Ensemble on le soulève pour le claquer dans le coffre, puis on démarre, et on file vers un coin isolé.
— J’irai me chercher des cigarettes. Et j'ai trop faim.
— Prends-moi des chewing-gums et remplis les bidons d’essence pour les mecs. T'as vraiment de la chance, tu ne risques pas de faire d'overdose, d'avoir un cancer. C'est horrible les gastros.
— J'appelle pas ça de la chance Louna, je suis un monstre, murmuré-je en regardant la nuit défiler.
— N'importe quoi, tu n'utilises pas tes crocs pour vider les gens, répond Louna, déjà en train de tripoter la radio.
Si j'avais des crocs je sentirais le besoin de le faire. De me nourrir. Je soupire dans mon siège en fermant les yeux. J'ai la chance d'échapper à toutes les maladies grâce à mon côté vampire, mais je donnerais tout pour être une simple humaine. Je n'aurai plus jamais une vie normale.
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CASSIOPÉE
RomanceCassiopée, 17 ans, pensait mener une vie ordinaire... jusqu'au jour où sa mère lui révèle un secret impensable : elle est une hybride, à moitié humaine, à moitié vampire. Des crocs, des yeux verts étincelants ? Cassie refuse d'y croire. Les vampires...
