Chapitre 22

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Jace

Le trajet du retour se fait dans un silence lourd. Roméo n’est pas monté avec nous, il nous rejoint là-bas, c’est préférable le temps qu'il se calme. Cassie a essuyé son sang, mais des traces séchées demeurent sur sa peau, comme des fines cicatrices sombres qui brillent à la lumière du tableau de bord. Elle fixe la route sans bouger, immobile comme une statue. Elle est calme en apparence, mais je sais qu’elle force son rythme cardiaque. Et pour une fois, j’aimerais bien pouvoir plonger dans sa tête.

— Roméo est déjà là-bas. Ne lui en veux pas. Il a eu du mal à résister.

— Je sais. C’est entièrement ta faute.

Sa voix est sèche. J’appuie un peu plus sur le volant.

— Je ne les aurais pas laissés te tuer. Je voulais que tu comprennes.

— J’ai très bien compris et je te déteste. J’ai été nulle ! Si tu n’étais pas intervenu, je serais morte.

— Non. Tu as été parfaite. Mais seule contre plusieurs, c’est toujours plus dangereux. Tu devrais vraiment boire mon sang. Tu gagneras en force, et en vitesse.

Elle ferme les yeux un instant, comme si elle pesait l’idée.

— Avec ce qui s’est passé… j’ai presque envie de dire oui. J’ai pas envie de crever avant d’avoir retrouvé mon père.

— Cassie, tu ne vas pas mourir, depuis le début tu t'en sors très bien. Tu es beaucoup plus forte que certains vampires. Mais si vraiment tu le veux je te donnerais mon sang.

— Oh mais je prendrais celui d'un autre, pourquoi le tien ? Roméo serait ravi de me donner du sien, non ?

Mon poing se serre sur le volant. La proposition qu’elle évoque me fait vaciller l’estomac. Boire le sang d’un vampire, c’est intime, c’est un pacte, une marque de confiance, et d’une certaine manière de l'amour. Je refuse que ce soit Roméo qui lui donne le sien.

— Non, tu prendras le mien

— Pourquoi toi ? s’obstine-t-elle avec un sourire provocateur. Tu n’es pas le seul, je pourrais demander à Jules.

La colère monte aussitôt. Elle me regarde, les bras croisés, l’air de défi qui lui va si bien.

— Je suis le plus puissant, dis-je d’une voix plus froide. Roméo m’obéira. Et ton Jules s’est tiré dès qu’il m’a senti. Petite couille molle.

Excuse de merde ! Enfin presque, je ne vais pas lui dire que je ressens de la jalousie.

— D’accord. Je vais y réfléchir. On arrive quand ?

— Dans quelques minutes. Roméo l’a enfermé dans une cabane au cœur de la forêt, un coin que personne ne connaît.

— Je vais enfin savoir qui est mon père, souffle Cassie en frappotant ses doigts contre son jean. Je suis sûre que c’est Jared qui a tué ma mère.

— On va bientôt le savoir.

Je prends la route qui file vers les arbres, il reste peu de kilomètres. J’espère que cette fois l’affaire sera rapide. J'en ai marre de courir après les gens pour avoir mes réponses. Je me gare, Cassie descend sans attendre et file vers la porte de la cabane. Sa main se pose sur la poignée, mais elle reste figée. Une respiration. Un instant de doute. Je la rejoins et pose la main sur son épaule, pour l’ancrer. Je lui dis qu’elle n’est pas seule, que je resterai à côté d’elle, que nous ferons parler ce connard, même si ça prend des jours. Elle inspire profondément puis pousse la poignée. Roméo est déjà là, planté devant l’entrée comme un rocher.

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant