Chapitre 8

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Cassiopée

Ça fait des heures que je fixe le plafond fissuré de ce motel miteux. Les ressorts du matelas grincent chaque fois que je bouge, l’odeur d’humidité colle aux murs et j’ai l’impression que la poussière s’infiltre jusque dans mes poumons. Je pourrais rentrer chez Robert, mais je refuse de les mettre en danger. Ce vampire pourrait toujours me suivre.

Je ne sais pas quoi faire...

Je caresse le tatouage sous ma clavicule gauche que j'ai fait récemment. Cinq petites étoiles reliées entre elles : Cassiopée. Cette constellation que ma mère aimait tant. J’ai préféré graver ça sur ma peau plutôt que son prénom. Personne d’autre que moi n’en comprendra le sens. Je ferme les yeux, et le visage du vampire revient. Son regard vert, sa voix, comment moi, je peux l'aider ? Je ne comprends pas pourquoi il m’a laissée partir ? Pourquoi il m’a proposé de travailler avec lui ? Pourquoi il tue des vampires alors qu’il en est un ? Tout ça tourne dans ma tête sans fin. Et malgré moi… je suis intriguée. Trop intriguée. Je finis par attraper mon téléphone, et je compose le numéro de Robert. Messagerie directe.

— Salut Rob, c’est Cassie. Je voulais juste te prévenir que je vais bien. Je ne pense pas rentrer maintenant… J’ai une piste pour retrouver mon père. Je préfère ne pas t’en dire plus pour l’instant, mais fais-moi confiance, je ne serai pas seule. Je voulais te remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi. Tu m’as accueillie comme ta fille, et je l'oublierai jamais. Merci. Embrasse tout le monde pour moi, même Alex. Garde ma chambre, je reviendrai. Soyez prudents.

Ma voix se brise sur le dernier mot. Je raccroche, puis j’éteins le téléphone avant que mes doigts ne décident de rappeler. Ma décision est prise. Je vais faire équipe avec un vampire. Je me redresse, j’attrape mon sac et mes clés. Il  ne reste que quelques heures avant le coucher du soleil.

_____________

Un frisson me parcourt l’échine, me tord le ventre. Je m’arrête devant la clairière. La cabane est là, plantée au milieu des bois, exactement comme hier. Silencieuse. Mais je le sens. Il est là. Et lui aussi a dû me sentir. Je coupe le contact, attache mes cheveux, inspire profondément. Je sors de la voiture, et avance vers la porte avec toute ma bouffe. Je rentre comme si j’étais chez moi, et j'ai à peine fait un pas que déjà une ombre bouge et un poing fuse en plein dans mon ventre. Je lâche tout en poussant un cri.

— Putain de vampire de merde !

Il s’adosse au mur, les bras croisés, l’air tranquille. Et ça l’amuse, en plus.

— Tu dois toujours rester sur tes gardes, je te rappelle que je suis un vampire. J’aurais pu te tuer.

— Sympa l’accueil, pauvre con. Recommence un coup pareil et tu finiras en engrais. Ça fait mal, putain !

Je ramasse mes courses, la mâchoire serrée, et je glisse la main dans ma bottine pour récupérer un petit couteau. J'avance vers la seul pièce qui sert de salon, de cuisine, et vide mes affaires sur la table. J’ouvre un paquet de chips, et regarde autour de moi.

— Bon alors, on bute qui ? demandé-je la bouche pleine en remarquant qu’il porte encore les fringues d’hier. Tu prends des douches ? C’est ta baraque ? Et ton prénom, c’est quoi ? Je peux continuer à t’appeler mon cœur. ou pauvre con, si tu préfères.

Je le vois soupirer, comme si il en avait déjà marre. Il a presque l'air humain quand il tapote un coussin avant de s'installer confortablement dans le canapé, en fermant les yeux.

— J'ai une migraine je pense, enfin si j'étais humain j'en aurai eu une. Tu es toujours aussi chiante ?

Je souris et sors mon couteau en un mouvement sec, je le balance droit vers son cœur. Il l’attrape, sans même ouvrir les yeux, et le retourne d’un geste souple pour le planter juste à côté de moi dans la table.

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