Chapitre 23

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Cassiopée

Je suis réveillée par les vibrations de mon téléphone. J'ai pas envie de me lever. Surtout aujourd’hui. Ça fait deux jours que j’ai tué Jared. Deux jours que j’ai appris que mon propre père avait ordonné la mort de ma mère. Et ça me tue. Je tends la main à tâtons pour attraper mon portable, les yeux encore gonflés de fatigue et de larmes. D’un œil, je consulte mes messages.

[Louna : Bon annnniiiiversaire Cassie ! J’espère que tu vas le fêter comme il faut. Bouge ton cul de ton lit et va vider des tonnes de bouteilles sans vomir, sale garce. Je vais boire à ta santé !]

J’ouvre le deuxième œil, à moitié amusée, pour regarder la vidéo qu’elle m’a envoyée. Elle me chante Happy Birthday en sautant partout. Shawn la rejoint en hurlant les paroles et Alex marmonne un “bon anniversaire” à moitié endormi avant qu’elle ne me remontre sa tête en gros plan. À la fin, elle m’envoie un bisou et me dit de passer les voir. Je passe au suivant en souriant.

[Robert : Joyeux anniversaire, ma grande.]

Je verrouille mon téléphone, le cœur serré, et referme les yeux. Je lui répondrai plus tard. Je n’ai pas eu le courage de lui dire que tout a commencé à cause d’Olivier. Pendant les semaines que j’ai passées avec eux, j’ai entendu parler de lui : c’était un ami proche de Robert. Il était là quand ma mère a accouché. Il savait. Et c’est lui qui, malgré lui, a livré ce secret aux vampires pendant qu’ils le torturaient. Je ne peux pas lui en vouloir, mais je ne pense pas pouvoir dire à Robert que tout vient de lui. Il a déjà perdu son ami, s'il apprend ça il va énormément se sentir coupable.

C’est mon premier anniversaire d’une longue vie où je suis seule… enfin, longue, on verra bien.

Je devrais être heureuse : j’ai dix-huit ans. Je devrais sortir, rire, étudier pour avoir mon diplôme. Mais tout ce qui m’importe, c’est trouver Salvien. Et d’après ce que Jace m’a raconté, ça s’annonce difficile. Il vit dans le château. Là où réside Edwin, le plus puissant des vampires. Le créateur de Jace. Pourquoi il faut toujours que la vie soit aussi galère ? Mon géniteur est un monstre… au service d’un autre encore pire.

Je soupire et me frotte le visage avant de m’étirer. Il nous faut un plan. J’en ai marre d’attendre. Pour Jace on a rien à faire, juste à patienter qu'une vente de femme se déclenche, mais pour moi on peut attaquer. Je me lève et enfile un sweat par-dessus mon débardeur. Mon estomac gargouille. L’odeur du petit-déj flotte jusqu’ici, du café, du bacon grillé et des pancakes moelleux.

Je descends et trouve Henry en train de cuisiner pendant que Jace, affalé sur le canapé, scrolle sur son téléphone.

— Salut les mecs. Où est Roméo ?

— Parti se nourrir, répond Jace sans lever les yeux.

Je m’installe sur un tabouret. Henry me salue avec son éternel sourire robotique et me sert une assiette : pancakes dorés, bacon croustillant, œufs brouillés et un grand mug de café noir fumant. J’ai beau lui répéter que je peux me servir toute seule, il ne veut rien entendre. Il est programmé pour prendre soin de tout le monde. Je le remercie avant de me jeter sur mon petit-déjeuner, la tête encore pleine de pensées trop lourdes.

— C’est trop bon, Henry.

— Merci. Ça change, au moins je peux faire de vrais repas quand tu es là. Le frigo contient autre chose que du sang.

Je ris un peu entre deux bouchées. C’est vrai qu’il doit s’ennuyer quand il est seul. D’après ce que j’ai compris, c’est Roméo qui passait le voir quand Jace était enfermé dans sa charmante cellule de vampire. Rien que d’y penser, mon ventre se serre et une vague de colère monte en moi. J’espère qu’Edwin finira par crever dans d’atroces souffrances. Et lentement. Très lentement.

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