Chapitre 2

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Cassiopée

Je suis montée m’enfermer dans ma chambre. Tout ça, c’est trop. Un vampire ? Sérieusement ? Je m’allume une clope en m’installant à la fenêtre. La fumée s’élève lentement, se dissout dans l’air. Moi, j’ai juste envie de disparaître avec elle. Mes larmes coulent toutes seules. C’est forcément un cauchemar. C’est pour ça qu’elle n’a jamais rien dit quand je fumais, quand je buvais, quand je me défonçais ? Elle savait. Elle savait que rien ne me toucherait. Je ferme les yeux, j’essaie de me souvenir de la dernière fois où j’ai eu un rhume, une fièvre, n’importe quoi… mais non. Rien. Pas une seule fois. Je me tourne vers le miroir, hésitante. Mon reflet me fixe, trop calme. J’ouvre la bouche, soulève mes lèvres, cherche quelque chose. Des crocs. Rien. Je passe ma langue sur mes gencives, encore et encore, comme une idiote. Toujours rien. Je veux pas la croire, mais j’entends. Je l’entends, elle. En bas, le clac du verre qu’elle vient de poser sur la table. C’est net. Impossible. Et pourtant réel. Et je pensais que c'était normal, enfin j'ai jamais posé de questions, c'est depuis que je suis petite. Pour moi c'est normal.

Je me scrute plus longtemps. J'ai les cheveux noirs, une peau pâle, des yeux presque noirs à cause des lentilles. Mes amies disent que j’ai un corps de rêve. Que je pourrais être mannequin. Elles sont jalouses que je puisse manger autant sans grossir. Je sais que je plais. J’ai toujours plu aux garçons. On se retourne toujours sur moi. Mais si ce que ma mère dit est vrai… C’est peut-être pas moi qu’ils trouvent attirante. C’est ce truc. Ce gène monstrueux dans mes veines.

Mon père. Putain. Mon père... un vampire.

J’étouffe un rire nerveux. Et quoi après ? Les loups-garous, les sorcières, les elfes tant qu’on y est ? Non. Impossible. C’est juste une merde. Un violeur. Une ordure qui a détruit ma mère. Pas un vampire. Juste… un monstre humain. Et ce Robert, c’est qui ? J’en ai jamais entendu parler. Peut-être un autre taré qui lui a bourré le crâne avec ses histoires. Peut-être qu’elle a halluciné ce soir-là. Trop d’alcool, un animal sauvage, un traumatisme.

Pas besoin de crocs pour être un salaud.

J’entends sa voix en bas. Elle parle vite, nerveusement. Au téléphone. Je ferme ma porte, enfonce mes écouteurs dans mes oreilles, monte la musique à fond. Je ne veux plus rien entendre. Je regarde encore une fois mon reflet. Mes lentilles. Mes foutues lentilles. Elles cachent un bleu profond, presque liquide, traversés de reflets argentés. Je les enlève seulement la nuit, avant de dormir. Et le matin, dès que je me réveille, je les remets. Je frôle mes paupières du bout des doigts. J’ai envie de les enlever. De voir. Mais mes mains tremblent trop.

Non !

Je chope mon sac de sport sous le bureau. Il me faut de l’air. Du bruit. Du mouvement. Je sors de ma chambre comme une furie. Ma mère est toujours au téléphone, elle fait les cent pas dans le salon. Nos regards se croisent. Elle comprend. Elle ne dit rien. Tant mieux.
Je traverse la pièce sans un mot, je claque la porte, monte dans ma voiture. La musique hurle dans mes oreilles. Je ne veux plus penser. Je veux juste danser jusqu’à m’effondrer.

_______

— Parfait, Cassie, m’informe mon professeur de danse en tapant dans ses mains pour terminer le cours.

Je hoche la tête, le souffle court, la peau encore brûlante de l’effort. Je me sens légère. Presque bien. J’attrape mon téléphone posé au-dessus de mon sac. Et là…Mon cœur se fige. Dix appels manqués. Trois messages de ma mère.

[Maman : Cassie, rentre. On doit partir.]
[Maman : C’est urgent ! Dépêche-toi !]
[Maman : Décroche ! Je sais que tu es en colère, mais reviens.]

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant