Chapitre 39

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Cassiopée

Je peux enfin mettre une image sur le château. Après en avoir tant entendu parler, le voir en vrai me coupe le souffle : c’est un vrai château, immense, tout est d’origine, j’ai l’impression de remonter d’un siècle. Moi je préfère la déco contemporaine, mais je suis pas là pour visiter. Depuis que j’ai passé la porte, il faut que je contrôle mes tremblements : la puissance qui émane d’ici m'empêche de réfléchir. J’ai la chair de poule en permanence. Je savais que ce serait l’horreur, et j’avais raison. Je suis assise par terre, à côté de Jace et des autres. Ils sont une dizaine, tranquilles autour d’une grande table, en train de boire un verre de sang en riant comme si c’était normal. Autour de nous, d’autres filles attendent, immobiles. Qu’est-ce qu’on attend, au juste ? Aucune idée. Ils parlent dans trop de langues, et c'est incompréhensible pour moi. À part ma petite altercation du matin, tout se passe à peu près bien, même si je dois saluer tous ces enfoirés. Il y a beaucoup d’allées et venues : certains lancent à Jace des regards de mépris, d’autres sont ravis de le revoir. Ils passent leur temps à baiser et à mordre. Horrible. Je tourne la tête vers la droite et regarde une blonde qui est recouverte de morsures, plus blanche qu’un drap. Certaines ne sont pas hypnotisées, elles obéissent par choix, en espérant être récompensées par l’immortalité. Ça me rend malade. Personne n’a donc de respect pour soi ? Je trace du doigt la marque de Jace sur mon poignet, ça fait deux semaines qu’il me mord pour se nourrir et qu’il laisse ses traces. J’en ai une dizaine maintenant, un peu partout. Je savais qu’en venant ici il fallait les garder, et j’ai cru qu’il exagérait, mais maintenant je me rends compte qu'il a été gentil, en comparaison avec les filles d'ici. À croire que c’est la mode : morsures sur le pied, sur les seins… c’est répugnant. Et le pire, c’est qu’elles aiment ça. Moi aussi j'aime... mais j'aime Jace. Je ne me donnerai jamais à un autre. Elles, si.

Est-ce que je suis aussi folle qu'elles ?

On a passé un mois de folie à faire tomber ce réseau de revente d’humains. Et j’ai l’impression d'être encore dans ce cauchemar en voyant comment sont traitées les filles d'ici. Ça a été intense, mais libérer ces gens a été la plus belle récompense. Maintenant, c’est la fin de notre accord. Dès que j’aurai tué mon père, Jace et moi, on ne sera plus équipiers. On s’est rendus service comme convenu, et après ? Qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? Je voulais être danseuse, c'était mon rêve, mais je ne pourrais jamais l'être. Parce que je suis une hybride. Mais je suis aussi une chasseuse, et je ne peux pas oublier ce que j'ai vécu. Je continuerai, avec ou sans Jace. Quelqu’un finira par recréer ce qu’on a détruit. Tant qu’il existera des vampires qui prennent plaisir à tuer des innocents, je serai sur leur trace. Je vais passer ma vie à me battre, à traquer ces monstres qui m’ont tout pris. Partir loin de Jace me brise le cœur. Mais je n’oublie pas ce que j’ai ressenti quand mes yeux sont devenus orange : je n’ai pas envie de bless­er des gens, encore moins lui. Ça fait des mois qu’on vit collés l’un à l’autre, et j'ai besoin de recul, de réfléchir. Et je sais où j'irai. Avec Robert, Louna, les garçons. Ils me manquent. On se tient au courant, mais ils ne savent toujours pas où je suis.

Mon estomac gargouille. J’ai besoin d’aller aux toilettes. J’ai soif. Au moins, on va nous laisser manger ? J’espère que oui.

— Qui a faim !?

Une nouvelle voix éclate, puissante, beaucoup trop joyeuse à mon goût. Cette fois, il parle dans notre langue. Je me lèverais bien pour hurler que j’ai la dalle, mais je sens déjà la tension changer dans la pièce. Les vampires se mettent à rire et à s’agiter.

— Tu l’as bien amoché. On va se régaler.

— Un petit chasseur. J’adore leur goût. Jace ! Enfin de retour.

CASSIOPÉEOù les histoires vivent. Découvrez maintenant