Cassiopée
J’ouvre les yeux sur une lumière blanche qui me brûle les paupières. Mon crâne frappe comme un marteau, mes épaules me crient qu’elles ont été maltraitées. Je sens mes bras au-dessus de ma tête, lourds et immobiles, attachés. Mes pieds frôlent à peine le sol. Ce putain de frisson qui me traverse la peau me dit tout de suite la vérité. Merde. Il m’a eu. Je veux bouger, je me tords, mais mes poignets crient à chaque effort. Merde ! Je cale ma respiration sur mon cœur, je ne veux surtout pas qu’il sache que je suis réveillée, mais trop tard, j’entends ses pas avant de l’apercevoir : deux points verts brillent dans le coin de la pièce, sa silhouette m'engloutit.
— Te voilà réveillée, ma jolie.
Je vais mourir, j'ai accès à aucune arme, et s'il est pas con il a dû me fouiller avant de m'attacher. Mais je ne vais pas lui faire plaisir et obéir sagement en attendant qu'il se décide à bouger.
— Tu préfères que tes victimes soient conscientes quand tu les bouffes ? Ou alors tu aimes quand elles te supplient ? Pas de bol, enfoiré de mort vivant, je ne compte pas me mettre à genoux.
— Il faudrait déjà que tu te libères, bonne chance.
— Alors fils de pute. Tu attends quoi ? Pourquoi tu te caches, pauvre con.
Je scrute l’ombre et ses yeux qui brillent. Il reste au fond, mais quand il avance vers la lampe, la lumière le découpe. Putain. J’oublie la douleur. Je le prends d’abord pour un cauchemar. Il est grand. Deux têtes de plus que moi, pas l’énorme masse bodybuildée qu’on croise parfois, mais assez musclé pour être inquiétant, et terriblement beau. Sa peau est d’une blancheur nacrée, parfaite, comme polie, sans une imperfection, comme si la nuit l’avait poncé. Ses pommettes sont sculptées, son nez droit, sa mâchoire nette. Ses cheveux sont noirs comme de l’encre, coiffés avec élégance. Ses sourcils, trop sombres donnent du caractère à un visage déjà taillé pour faire chavirer des cœurs. Ses yeux sont… noirs. D’un noir profond qui absorbe la lumière. Il est amusé, comme un chat insolent qui trouve la souris tout juste éveillée délicieuse. Ses lèvres sont pleines, ourlées, et sous la lumière je vois ses deux canines qui dépassent, fines comme des rasoirs. Il porte du noir, de la tête aux pieds, comme s’il voulait effacer toute chaleur autour de lui. Sa présence me couvre de frissons et de sueur. Il est puissant, je le sens.
— Fils de pute, oui, ma mère en était une. Par contre pauvre con, ça m’embête. Je suis loin d’être pauvre et encore moins con. C’est pas moi qui suis attaché.
Oh, je vois, monsieur fait de l'humour.
— Oh merde alors, excuse-moi mon cœur, j’aurais dû dire gros connard de riche ? Ou alors mort-vivant desséché ? Tu préfères quoi ?
Je n’ai pas le temps de me marrer qu’il jaillit. Son poing s’abat si vite que ma tête part en arrière comme si quelqu’un m’avait frappée à l’intérieur du crâne. La douleur explose, la pièce tangue. J’étouffe un sanglot, la nuque me lance. Je tire sur mes liens jusqu’à sentir la chair brûler.
— Qui est ton chef ? murmure-t-il, sec comme une lame.
Chef ? Je le fixe sans comprendre. Chef de quoi ? Chef à qui ?
— T’as fini ta phrase ? Non parce que j’attends la suite. J’ai compris qui est ton chef ? Tu pourrais développer ?
Il ricane, un bruit froid. Il s’avance encore, et pour la première fois j’aperçois les détails qui me désarment : la finesse de sa nuque, la courbe ardente de ses lèvres. Il me donne un coup dans le ventre, je sens l’air m’être arraché. Il est rapide, précis, juste ce qu’il faut pour me briser et mesurer la résistance.
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CASSIOPÉE
RomanceCassiopée, 17 ans, pensait mener une vie ordinaire... jusqu'au jour où sa mère lui révèle un secret impensable : elle est une hybride, à moitié humaine, à moitié vampire. Des crocs, des yeux verts étincelants ? Cassie refuse d'y croire. Les vampires...
