Chapitre 6

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Je trépignais d'impatience parmi la foule de lycéens qui se dirigeait vers la Gateway High School. Plus que deux rues... plus que 300 mètres...

-Excusez-moi... Pardon... Poussez-vous ! 'Scusez...

Mon cœur battait à tout rompre tandis que je poussais les gens qui ralentissait ma course sur le trottoir. Je me surpris à pousser Jeena et ses amies sans même m'excuser. Plus qu'une rue... Je serpentais entre les arbres... Plus que 100 mètres... Je poussais une dame du troisième âge :

-Espèce de petit voyou ! s'écriait-elle en brandissant un sac à main d'où s'échappait les aboiements indignés d'un chihuahua.

« Je hais ces bestioles ! »

J'avançais péniblement tout en pensant à elle. Au fond je savais que si j'allais si vite c'était pour la revoir... pour m'assurer que ce n'était pas un rêve. Je savais bien que mon comportement était complètement ridicule. Pourtant je repensais à son odeur, je revoyais son regard brillant quand elle c'était retourné pour m'adresser un dernier signe de la main. J'atteignis Scott Street, le cœur battant la chamade. Je me mis alors à la chercher des yeux parmi la foule d'élèves attroupés devant les marches en pierre.

J'avais beau regarder partout, rien à l'horizon ne m'indiquait sa présence. Un sentiment de profonde déception s'empara de moi. Les portes s'ouvrirent et les trois quarts des élèves coururent se mettre à l'abri du froid. Quelques minutes passèrent tandis que je poireautais devant l'entrée, raide comme un piquet. Je dansais d'un pied sur l'autre, les mains dans les poches, jetant régulièrement un coup d'œil à l'écran de mon portable. 7 : 45, 7 : 47, 7 : 51...

Les minutes passèrent, longues et silencieuses. Quelquefois, ma raison me poussait à me sentir complètement idiot. Si elle arrivait, qu'est-ce que je pourrais bien lui dire ?

« Je t'ai attendu dans le froid pendant 20 minutes en espérant que tu viendrais et que tu serais contente de me revoir. Et te voilà ! Super non ? »

Je voyais le tableau d'ici. Dans le genre "le mec qui se rend ridicule sans faire exprès". Je secouais la tête et m'obligeais à penser à autre chose. Chaque fois qu'une voiture s'arrêtait pour déposer un lycéen, une lueur d'espoir apparaissait tout de suite brisée par la personne qui ouvrait la portière. Au bout de plusieurs déceptions et un cadran qui affichait 7 : 58, je me décidais à rentrer en essayant de me rassurer. Je me disais que je ne l'avais peut-être pas vu parmi la foule et qu'elle serait là en classe. Vaguement réconforté, je me dirigeais vers mon cours d'Anglais. Elle n'était pas là. Dans le cours suivant, toujours rien non plus. Je ne réussi pas à me concentrer de la journée. 

Le lendemain, elle n'était toujours pas là. En début d'après-midi, je me décidais à faire quelque chose. Je me dirigeais vers le bureau de Mr Giles, mon professeur principal. Je sentais au creux de mon ventre qu'une partie de moi s'inquiétais pour elle. Je frappais à la porte du bureau, les lèvres pincées, le front plissé. Quel genre d'imbécile pouvait bien se préoccuper à ce point de quelqu'un qu'il connaissait à peine ? Je refoulais mes pensées lorsqu'on m'invita à entrer. Je poussais la porte et le découvrait, lunettes au bout du nez, mains crispées sur un dossier à couverture orange dont la lecture semblait l'absorber et le rendre soucieux.

-Je vous attendais Professeur Jenkins.

Je m'éclaircis la gorge.

-Euh...hum, hum...

Il leva les yeux vers moi.

-Ah, c'est vous.

Ses yeux faisaient le trajet entre moi et le dossier qu'il tenait dans sa main. Curieux, je jetais un coup d'œil discret. Vif comme l'éclair, il le retira de mon champ de vision. Les yeux plissés, j'observais son expression et finit par en déduire qu'il cachait quelque chose. Il interrompit brusquement le fil de ma réflexion, comme pour m'empêcher d'arriver à une conclusion qui le trahirait.

Livre 1: HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant