Salam aleykoum
"Le pire ce n'est pas de tomber mais de rester au sol "
J'étais choquée. Qu'est ce qu'ils font tous ici merde.
Oum Kalsoum, Assia et Nafi parlaient comme si elles avaient grandi dans le même bidon. Ma mère et mon homonyme rigolaient doucement dans un coin, complices comme deux femmes qui viennent de se rappeler qu'elles détestaient la même personne.
Mon père, lui, trônait en mode patriarche, avec Bachir et un autre monsieur sorti tout droit d'un épisode de Père Inconnu. J'avais jamais vu ce gars-là mais ça se voit qu'il doit être un frère de Bachir vu la ressemblance.
Mais dès que j'ai franchi la porte, toute cette ambiance festive a disparu. Pffffuiiit. Comme une moustiquaire trouée pendant l'hivernage.
Les regards se sont tournés vers moi. Les sourires se sont envolés. Même le vent s'est arrêté de souffler.
Eh Dieu.
C'est pile ce moment-là que Saly est sortie, suivie de ma version miniature, Rassoul en mode garçon sage, et Jamil.
— Masmaaa tu m'as manqué !
Jamil a couru vers moi comme si j'étais la Kaaba. Il m'a sauté dans les bras avec l'élan d'un lionceau qui retrouve sa maman après 2 jours dans la brousse.
Je l'ai pris dans mes bras, un peu nerveuse, genre : est-ce que je dois pleurer ou fuir ?
Je salue tout le monde, sourire ultra faux, genre hôtesse de l'air avec 3 heures de sommeil.
— J'ai raté quelque chose on dirait...
Mon homonyme m'a serrée comme si j'étais la PlayStation qu'on lui avait confisquée depuis 3 semaines. Elle était trop contente. Oum Kalsoum aussi m'a accueillie comme une star ;
Ma mère ? Ah. Maman me regardait comme si j'étais la facture d'électricité.
— Asma ! On est là depuis ce matin. On t'a attendue mais t'es pas rentrée.
— On t'a appelée je sais pas combien de fois !
Je regarde mon téléphone. Écran vierge. Même pas un spam.
— J'ai reçu aucun appel.
Et là, je vois le coupable. Petit avion en haut à droite. Ce traître.
— Ah. J'étais en mode avion...
Rires nerveux. Silence tendu. C'est le moment de poser LA question :
— Mais... qu'est-ce que vous faites ici ? Je croyais que...
Et là, ma mère, sans prévenir, balance la punchline de l'année. Pas le temps de respirer.
— Ta tante m'a tout expliqué. L'histoire est réglée. On s'est réconciliées Al Hamdoulilah. Et je sais aussi que mademoiselle nous a menti sur la nuit de son accident.
Suspense. Musique de fin d'épisode. Gros plan sur mon visage.
Un ange passe. Bachir toussote. Jamil me regarde genre "ça va aller". Ma mère me regarde genre "t'as intérêt à prier pour que ça aille".
— Hihi... Qui est mademoiselle ?
Cliffhanger validé.
— Tu le sauras bientôt, dit-elle avec ce ton de ministre qui va faire une annonce présidentielle.
J'ai senti ma gorge se serrer. J'ai avalé ma salive de travers.
Parce que quand maman est malade, c'est un ange. Genre Mère Teresa.
Mais une fois guérie ?
Elle revient comme la réincarnation d'un adjudant de la gendarmerie sénégalaise. Elle parle peu, mais elle frappe fort.
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ASMA AIDARA
JugendliteraturPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
