Salam aleykoum
Point de vue de Rakiatiou Gassama
Asma ne va pas voir Bachir donc je reste avec elle, pour pas qu'elle soit seule à la maison. Actuellement, ils sont tous partis et Asma s'est enfermée dans la chambre de sa mère. Je suis restée dans la cour, sur un tapis de prière à même le sol, sur mon écran.
Je la taquine mais j'ai vraiment mal pour Asma, je sais qu'elle aime le docteur, mais plus fière qu'elle, on meurt. Elle préfère mourir que de se l'avouer.
Au bout d'un moment, je me suis levée et j'ai marché jusqu'à la porte. J'ai frappé doucement.
— Asma ? Khanna dangay listikhar ? Ça fait longtemps tu es à l'intérieur, donne au moins signe de vie.
Silence.
Puis sa voix, étouffée, un peu sèche :
— Kira, est-ce que tu peux me laisser dormir un moment, stp ? Tchip.
Je roule des yeux. J'essaie une autre approche.
— Ook... mais tu manges pas ? Ta mère a préparé un bon mafé, ton plat nak.
— Fu_k you.
— Okkkk.
Je me suis éloignée en souriant, moitié vexée, moitié soulagée.
Elle est vivante. C'est déjà ça.
Je suis allée à la cuisine, un peu blasée, un peu affamée.
J'ai pris une assiette pour me servir. Le mafé, là, dégageait une odeur... sama tata loumou toggoul bakhoul. J'ai fermé les yeux une demi-seconde, comme pour savourer rien qu'à l'odeur.
Et puis, sans prévenir, j'ai commencé à faire des pas de danse hyper bêtes. Genre vraiment bêtes.
Des petits déhanchés ridicules, un moonwalk raté...
Puis j'ai rigolé toute seule comme une folle.
Et là... une voix a ri derrière moi.
J'ai bondi de peur.
Mon assiette m'a échappé des mains et s'est explosée par terre en mille morceaux.
Quand j'ai levé les yeux, j'ai vu Saliss, appuyé contre l'encadrement de la porte, les bras croisés, l'air amusé.
— Tu m'as fait peur, wesh ! Regarde ce que t'as fait ! ai-je lâché, encore le cœur battant.
Il a levé les mains comme s'il se rendait.
— Ne pleure pas, je suis désolé.
Je l'ai fusillé du regard.
— Et qu'est-ce qu'il y a d'aussi drôle pour que tu rigoles comme ça ? ai-je lancé, agacée.
Tchip.
J'avais grave le seum. Je voulais ramasser les morceaux de ma dignité en même temps que ceux de l'assiette, mais monsieur m'a pris le balai des mains.
Calmement.
Sans rien dire.
Et il a commencé à nettoyer, pendant que moi... j'essayais de rassembler ma fierté.
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ASMA AIDARA
Teen FictionPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
