Salam aleykoum
Je l'ai pas vu.
Ibrahima.
Il voulait pas me voir.
Et ça, même si je fais la meuf forte, même si j'ai le dos droit et le regard haut...
ça m'a tuée un peu.
Je suis venue pour lui.
Pour au moins une explication. Un regard. Un mot. Même un silence, en face.
Mais non.
Il m'a laissé repartir comme je suis venue :
avec mes questions, ma fierté, et mon crâne rasé.
Le taxi s'est arrêté.
Et quand mes pieds ont touché le sol, c'est comme si j'avais percuté le monde d'un coup.
Tout s'est figé.
Pas parce que j'étais belle. Ni forte. Ni lumineuse.
Mais parce que j'étais devenue une rumeur ambulante. Un secret mal digéré.
Une fille qui avait tout foutu en l'air, puis qui revenait...
rasée, amaigrie, et orpheline.
— C'est elle ?
— La fille qui a fui...
— Elle est revenue maintenant que son père est mort ?
— Waaa... regarde sa tête...
- Wallaye cette fille est une honte pour ses parents.
J'ai baissé les yeux. Pas par honte. Mais parce que j'avais plus la force de les affronter. Je me sentais vide. Creuse. Comme un fantôme qui revenait hanter un quartier qui ne voulait plus d'elle.
Kira ne disait rien. Mon frère non plus. Même eux, je sentais qu'ils ne savaient plus où me mettre. Je ne rentrais plus dans aucune case.
J'étais trop sale pour le pardon, trop perdue pour la fierté, trop tard pour les regrets.
Mais dans tout ce chaos, dans tous ces regards qui me piquaient la peau comme des aiguilles...
Je pensais à elle.
Ma mère.
Je savais pas si elle allait me prendre dans ses bras, me gifler, ou juste me tourner le dos.
— Khenna ki dou Asma deh, commence une voix que je connais trop bien.
Une de ces filles qui m'ont toujours prise pour une menace, une rivale imaginaire dans un film où je ne jouais même pas.
Elle s'avance, talons claquants, regard vicieux, sourire en coin. Elle me scanne comme si j'étais un cadavre encore chaud.
— Si j'étais toi, j'serais restée là où j'étais. Tu as tué ton père, et maintenant tu reviens pour achever ta mère avec ta tête de folle là ?
Je reste muette. Moi, Asma, qui n'ai jamais laissé passer ce genre de provoc.
Moi qui réponds toujours, même quand j'ai tort.
Mais là...
je n'avais plus de voix.
J'avais mal. Trop mal pour sortir un mot. Et puis, avant que je comprenne ce qui se passait...
— HÉ HÉ !
La voix de Kira éclate comme un coup de tonnerre.
Elle s'approche d'elle, très près. Trop près.
— Mani ferme-moi ta grosse gueule. Parle encore, et je te jure que tu vas voir c'est quoi le vrai respect. Je ne badine pas avec les idiotes comme toi.
La fille éclate de rire. Ironique. Insolente.
— Ah bon ?
Elle s'approche encore plus.
— Tu vas te battre pour elle ? Cette merde ? Cette pute ? Si ça se trouve, elle a vendu son corps à tout ce qui bouge depuis qu'elle a disparu.
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ASMA AIDARA
Roman pour AdolescentsPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
