Salam aleykoum
Les gens riches sont ceux qui se sont réveillés avec la santé, la subsistance et dans la paix.
Je crois que je me pissais dessus. Littéralement.
Enfin... façon de parler. Mais si on m'avait dit qu'un jour je reverrais Ibrahima avec une tête d'œuf Kinder sans surprise à l'intérieur, j'aurais mis une couche avant de venir. Et encore. Même Pampers n'était pas prête pour ce niveau de choc émotionnel.
Dites moi pourquoi je suis jamais sérieuse ?
— Tata... Fatima... Ibrahima... vous êtes là ? marmonnai-je, mi-sonnée, mi-urino-phobe.
Tata Fatima, fidèle à sa réputation de distributeuse officielle de câlins sénégalais, me sauta pratiquement dessus pour m'enrouler dans ses bras. Je sentais encore son parfum au musc et au "tu vas bien ma fille ?" collé à sa robe.
Ibrahima, lui... resta figé. Il avait la tête rasée. Genre rasée-rasée. Plus un poil. Même pas un duvet de sourcil qui s'égare. Sa barbe ? Portée disparue. Son teint ? Tellement pâle qu'on aurait dit qu'il avait fusionné avec un mur de l'hôpital. On aurait juré un moine bouddhiste albinos.
J'ai failli lui demander s'il voulait que je le cire pour parfaire le look.
Mais une chose à la fois. Gérer la crise urinaire mentale d'abord.
Tata était déjà en train de féliciter Nafi, toute rayonnante comme une gagnante de Miss Univers version halal. Pendant ce temps, mes pensées dansaient le ndombolo dans ma tête.
— Ibrahima, pourquoi tu ne salues pas ta cousine ? tu lui poses des questions aussi gênantes comme si elle tramait quelque chose. Ta mauvaise humeur ces temps commence à nous les mettre, demanda Tata, mi-innocente, mi-sniper.
— Je l'ai saluée. Elle m'a peut-être pas entendue, répondit-il, sans cligner des yeux.
Bro. T'es fâché ou c'est juste ton nouveau style d'interaction humaine ? Parce qu'on dirait qu'il va m'annoncer qu'il a tué quelqu'un.
— Je réfléchissais à quelque chose. Je t'ai pas entendu, rétorquai-je, genre diplomate sous stress. Tata, pourquoi on irait pas au salon ? Tout le monde est là-bas.
Traduction : S'il vous plaît, partez, j'ai un pressentiment, et je préfère qu'on soit seuls si jamais Ibrahima suspecte quelque chose.
— Tu as raison. Je vais aller voir Bineta. Je vous devance.
Et elle est partie, toute joyeuse, laissant derrière elle le champ de bataille émotionnel que je m'apprêtais à traverser en robe fluide et sandales tremblotantes.
Ibrahima, robot poli, s'adressa à Nafi :
— Félicitations. Tu dois être contente.
Nafi flotta littéralement sur son nuage. Elle aurait pu s'envoler façon Mary Poppins tellement elle était légère.
— Je vais partir. J'ai rendez-vous chez le docteur à 13h, dit Ibrahima, l'air de m'annoncer sa mort prochaine.
— Mais pourquoi ? Tu es malade ? lançai-je, semi-sincère, semi-paniquée.
Et là. Le regard. Froid. Glacial. On aurait dit qu'il me glaçait les artères une par une.
— Nafi, tu peux me laisser parler avec Asma s'il te plaît.
VOUS LISEZ
ASMA AIDARA
JugendliteraturPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
