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Salam aleykoum












Conduite sans permis, excès de vitesse, trouble à l'ordre public, et tentative de meurtre. Voilà ce dont votre sœur est accusée, énonce calmement l'officier. Et elle risque minimum deux ans de prison.

Silence.
Rassoul me regarde, visiblement à bout. Les cernes sous ses yeux criaient "au secours", mais il ne disait rien.
Moi ? Assise les bras croisés, la jambe qui balance doucement, le regard fixé sur un coin du plafond comme si de rien n'était. Même pas un cil qui tremble.

Tentative de meurtre, je répète en murmurant. Faut avouer, ça en jette.
— Asma, c'est pas le moment, murmure Rassoul entre ses dents.
— Je suis juste en train de digérer l'accusation. 

L'agent me lance un regard noir.
— Vous pensez que c'est un jeu peut-être ? Vous avez été arrêtée avec un couteau ensanglanté dans votre poche, et un type inconscient à vos pieds. Vous voulez jouer à la maline ? Très bien. Continuez comme ça et vous aurez votre procès avant même la fin de la semaine.

— C'est un monde de dingue, franchement. Un gars peut frapper une fille, humilier ses sœurs, ruiner des vies, et moi on me colle deux ans parce que je lui ai offert un petit retour à l'envoyeur. Justice mon œil.

Asma ! arrête de parler, supplie Rassoul, les mains jointes comme s'il priait pour mon silence.

— Non mais vraiment, tu trouves pas ça fou ? Deux ans parce qu'une fille a frappé un homme ? Il pouvait pas se défendre ?

— Je vais demander à ce qu'elle soit mise en garde à vue immédiatement, lâche l'officier, se levant.

Rassoul s'interpose, paniqué.
— Non non attendez ! Elle est juste... un peu agitée. Elle a vécu des choses compliquées ces derniers jours. Donnez-nous une chance de gérer cela en famille.

Moi, je souris tranquillement.
— Je t'ai déjà dit que je t'aimais bien, Rassoul ?
Il me fusille du regard.
— Asma ce n'est pas drôle du tout.

Je savais que je devais le prendre au sérieux maintenant.

 il a continué, sa voix chargée de rage contenue :

– T'as vu tout le drame que tu as encore ramené, Asma ? Tout le monde parle de toi. T'es partout, partout sur les chaînes nationales ! Tu trouves ça drôle peut-être ?

– Mais Rassoul, je voulais juste...

– Tais-toi Asma. S'il te plaît. S'il te plaît, je te le demande.

Sa voix s'est brisée sur la fin. C'était pas un ordre. C'était une supplique. Un cri muet pour que je me taise enfin, que je le laisse respirer une minute sans une nouvelle catastrophe à gérer.

– Tu risques de finir en prison pour les prochaines années mais tu prends ça à la légère, comme d'habitude. Comme si rien n'avait d'importance. Comme si les conséquences, c'était pour les autres.

Je voulais lui dire que j'avais eu peur. Que j'avais agi sur le coup de l'instinct. Que Youssouf et Ahmed méritaient pire. Mais je savais que ça ne changerait rien. Pas à ses yeux.

ASMA AIDARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant