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Salam aleykoum










Wa kogne bi sof nène, pu_ain, là où je passe, il faut toujours qu'on m'appelle. Je soupire et me laisse aller contre les jambes de Kira, les bras en croix, comme si le monde me pesait sur les épaules.

Wakhouma lolou sakh deh, souffle-t-elle calmement. Ibrahima arrive dans pas longtemps, il est passé chez Bachir.

Je tourne la tête vers elle, un sourcil levé.

— Pour quoi faire ?

— Bah, pour récupérer Maissane.

— Sérieux ? Elle est où, elle, d'ailleurs ? Ça fait une heure qu'on l'a pas vue.

Pas le temps pour une réponse. La porte s'ouvre doucement, puis s'ouvre un peu plus fort. Maissane entre, l'air concentré.

— Asma, t'as pas vu mon jean noir ?

Elle ne dit pas bonjour. Rien. Juste ça.

Je me redresse un peu, surprise par la question.

— Je l'ai pas pris, pourquoi tu m'accuses direct comme ça ?

— Kira ?

Dou mane, répond-elle sans lever les yeux de son écran.

Maissane croise les bras, visiblement agacée.

— Donc il s'est envolé ? Ou c'est maman qui fait des virées dans nos armoires maintenant ?

Je hausse les épaules, les yeux mi-fermés, faussement innocente.

Ah, juge par toi-même, je lance avec un petit sourire tranquille.

En vrai, c'est moi qui l'ai pris ce matin. Il traîne toujours au fond de mon sac, roulé en boule.

Mais bon, inutile de la réveiller pour si peu. 

Elle roule des yeux avant de se mettre devant nous, sa valise sur le lit, rangeant ses habits.

Eh Maissane, faut qu'on parle par contre, dis-je en croisant les bras.

Elle est en train de plier des habits sur son lit, l'air occupé, tendue même.

J'ai pas fini de faire mes bagages, Asma. J'ai pas le temps là, répond-elle sans me regarder.

Ehh ma chérie, je lâche avec un sourire moqueur, pourquoi t'es sur les nerfs comme ça ? C'est quoi, ton bébé te donne des coups de pied ?

Elle lève les yeux au ciel, clairement à bout, mais elle garde le silence un instant. Puis elle me regarde, fatiguée.

— Vas-y, dis-moi vite fait.

— Tu vois, quand j'étais chez Ahmad...

Me parle pas de lui, coupe-t-elle net.

Je fronce les sourcils mais je garde mon calme.

Écoute-moi au moins, ma belle. Ce que j'ai à dire va vraiment t'intéresser.

J'ai pas envie, Asma. J'veux rien entendre le concernant. Il fait sa vie, je fais la mienne, dit-elle avec une amertume qui ne trompe personne.

ASMA AIDARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant