Salam aleykoum
Point de vue de Oum kalsoum
— Tu ne penses pas qu'il est temps de le dire à ta famille ? chuchotai-je, presque à contrecœur.
Ibrahima détourna les yeux, fixant le sol comme si mes mots l'écrasaient.
— Tu connais Asma... Elle ne me pardonnera jamais de lui avoir caché ça aussi longtemps.
— Peut-être. Mais là, ce n'est plus un simple traitement ou une fatigue passagère. Tu as rechuté, Ibrahima. C'est grave. Tu ne peux plus faire comme si de rien n'était. Bachir a même parlé d'une possible amputation...
Il restait là, assis sur le bord du lit d'hôpital, les épaules affaissées, le regard vide. La lumière blafarde de la chambre faisait ressortir les cernes sous ses yeux, les traits tirés de son visage.
Je me suis approchée, doucement, et je me suis assise à ses côtés.
— Ibrahima... soufflai-je.
Il tourna lentement la tête vers moi, ses yeux fatigués cherchant les miens.
— Ne perds pas espoir. Allah n'éprouve que ceux qu'Il aime. Tu vas t'en sortir, in shaa Allah. Crois en Lui, même quand tu n'as plus la force.
Il hocha lentement la tête, les lèvres tremblantes.
— C'est ce que j'essaie de faire, Oum Kalsoum. Vraiment. Je pensais que le pire était derrière moi. Que ce cancer, c'était du passé. Mais maintenant... encore une rechute, et là, on me parle d'amputation, de chimiothérapie, de risques vitaux... Je m'efforce de voir le bon côté, mais comment tu veux que je reste positif quand j'ai un pied dans la tombe ?
Ses mots me coupèrent le souffle. Je sentis une douleur monter en moi, brutale, incontrôlable. Mes yeux se remplirent de larmes malgré moi, et je me couvris le visage avec mes mains pour ne pas qu'il me voie pleurer.
— Tu pleures...? Oum Kalsoum, je voulais pas... Je suis désolé, je voulais pas te faire de mal.
— Laisse-moi tranquille, Ibrahima, lâchai-je d'une voix brisée.
Je me levai d'un bond, le cœur serré, la gorge nouée.
— Pourquoi tu dis toujours ces choses-là ? Pourquoi tu choisis toujours de voir le pire ? Depuis des mois, je suis là. J'ai mis mes études entre parenthèses, j'ai annulé mon voyage, tout ça pour rester auprès de toi. Je t'encourage, je garde l'espoir, je me bats avec toi. Mais toi, chaque fois que tu ouvres la bouche, c'est pour me dire que c'est fini, que tu es perdu, que je perds mon temps. Est-ce que tu te rends compte de ce que tu me fais ressentir ?
Il baissa les yeux, coupable. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais rien n'en sortit.
— Oum Kalsoum...
— Ne me touche pas !
Je reculai, les bras croisés contre ma poitrine, comme pour me protéger de ses mots, de sa résignation. Je ne voulais plus de cette douleur qu'il déposait toujours entre nous comme une fatalité.
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ASMA AIDARA
Fiksi RemajaPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
