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Salam aleykoum












Rassoul, temps yi tu as déjà des cheveux blancs à même pas 30 ans. Tu devrais arrêter de jouer au papa protecteur et profiter un peu de la vie, ish.
Je lui lançai un regard en coin, le menton appuyé sur ma main. Ces derniers temps, il avait pris cette manie d'être tout le temps sérieux. Monsieur le Responsable. Monsieur "j'ai une femme et une fille, j'ai plus le temps de rire".

Il sourit à pleines dents, mais ne détourna même pas les yeux de la route. Classique Rassoul. Impassible, mais fier.

Asma, respecte ton frère, lâcha Kira depuis l'arrière, en mâchant un chewing-gum. Quoi que... ces cheveux blancs le rendent plus "gentle", mashAllah.

Je me retournai vers elle d'un coup sec, une moue moqueuse sur le visage.

Toooout le temps tu parles de la beauté de mon frère, mashAllah par-ci, mashAllah par-là. Si tu l'aimes, tamite, faut nous le dire une bonne fois pour toutes. On fait les choses bien, on noue le mariage, on verse la dot, on danse le sabar.Mais je te préviens : Sali, elle est calme comme ça rek, mais elle est très possessive. Genre, possessive-niveau-scan ton téléphone pendant ton sommeil.

Kira éclata de rire, la tête renversée contre la vitre.

Mdr, Sali n'aura pas ce genre de problème avec moi. Elle va me traiter comme sa sœur, t'inquiète. Elle va même m'adorer, je sens ça.

Je secouai la tête, faussement navrée.

La ila, yangui nakh sa bopp ! Tu te voiles la face grave. Sali, c'est une Peulh, deh. À tout moment, elle te maraboute avec une infusion de clous de girofle et du corossol séché. Une seule gorgée et tu disparais de la vie de Rassoul comme par magie.

Rassoul et Kira explosèrent de rire. Lui hocha la tête en mode "c'est pas faux".

Bakhna rek, soufflai-je en m'adossant contre le siège, un sourire fatigué au coin des lèvres. Façon Rassoul là, il n'a d'yeux que pour sa femme. Y'a personne d'autre. Même si Rihanna elle-même venait avec sa beauté, sa voix et ses milliards, il lui dirait : "Non merci, j'ai déjà Sali."

— Tu dis ça comme si c'était une maladie, marmonna-t-il, mais il souriait toujours. Arrêtez vos bêtises, dit-il doucement. Kira, c'est ma sœur. Et justement, je compte lui trouver un mari qui la mérite.

Un homme avec une barbe, je devine.

Il soupira, amusé, mais son regard se fit plus sérieux alors qu'il prenait un virage lentement.

— Ce n'est pas seulement l'apparence qui compte, tu sais, Asma.
Vous pensez que les hommes pieux, c'est ceux avec la barbe bien taillée, le pantalon au mollet, toujours collés à la mosquée... Mais c'est trop simple, ça. C'est facile de soigner l'extérieur.Par contre, le cœur... Le cœur, personne ne peut le déguiser.et le Prophète ﷺ a dit que quand le cœur est bon, alors tout le reste est bon."

Un silence s'installa doucement. Même Kira ne mâchait plus. Je tournai la tête vers la fenêtre, les bras croisés. J'avais lancé la discussion à la rigolade, mais comme d'habitude avec Rassoul, on finissait toujours par aborder des trucs profonds.

ASMA AIDARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant