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Salam aleykoum


























Je suis musulmane...enfin, je crois.




























                          ~Asma~



On est tous assis au salon, dans une ambiance mi-funérailles, mi-feuilleton sénégalais de 20h. Moi, je suis là, perdue au milieu de cette réunion de famille surprise, genre : "Bienvenue dans Familles Retrouvées, épisode 1, Asma découvre qu'elle a une tante et quatre cousins." J'attends toujours le générique et la présentatrice qui débarque avec un micro.

Tout le monde est tendu. Genre, vraiment tendu. Même le petit bébé qui rampait tout à l'heure a disparu comme par magie.

– Maman, on t'écoute, dit l'homme à la barbe bien garnie en regardant sa mère comme si elle allait révéler qu'il était adopté.

Elle, elle prend une longue inspiration. On dirait qu'elle va lire une lettre d'amour du passé.

– Vous savez, la mère d'Asma et moi sommes demi-sœurs. On a la même mère. On a toujours été proches... très proches. C'était ma meilleure amie. On a grandi ensemble. On a partagé nos rêves, nos peines... et même nos habits.

Je hausse un sourcil. Elle veut que je pleure ou quoi ?

– J'ai même assisté à ton baptême, Asma. Et on t'a donné mon nom.

– Donc... c'est vous mon homonyme ? répliquai-je, mi-choquée, mi-intriguée.

Elle sourit tristement. Ce genre de sourire qui dit : Tu vois ma fille, la vie fait mal parfois.

– Cependant, quand notre mère est décédée, tout a basculé. L'héritage a tout détruit. Ton oncle, mon frère de père et de mère, ne voulait pas que ta mère hérite. Il disait que seules les vraies filles de notre père devaient recevoir. Et ta mère a pensé que j'étais complice. Elle s'est sentie trahie.

– Et elle t'a plus jamais reparlé, chuchotai-je.

– Plus jamais. Elle est partie. Moi aussi. J'ai quitté tout ça. Ça fait 17 ans maintenant.

Silence.

Genre silence genre... même les moustiques ont arrêté de bourdonner.

– Et vous m'avez reconnue comment ? finis-je par demander, la voix plus posée que je ne le pensais.

– Rassoul. Il m'envoyait souvent des photos de toi. Je t'ai suivie grandir, de loin. En silence. Et dès que je t'ai vue... j'ai su.

– Attends, attends, attends... Rassoul ?! lança la plus jeune, Oum Kalsoum je crois. Rassoul Aidara ? C'est notre cousin ?

– Oui, répondit-elle en soupirant.

– J'y crois pas, souffla l'homme. Rassoul, mon meilleur ami ?! Mais... pourquoi tu nous as jamais dit ?

– Parce que je savais que ça allait tout compliquer. Je voulais pas vous faire revivre une autre séparation. J'ai demandé à Rassoul de ne rien dire.

– Masha Allah... ironisai-je en croisant les bras. Et me jeter dans un hôpital sans explication, c'était aussi pour éviter une autre séparation ?

Elle me regarde, les yeux brillants.

– Asma, je suis ton homonyme. La grande sœur de ta mère. Et eux, ce sont tes cousins.

Elle désigne l'homme à la barbe sérieuse :

ASMA AIDARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant