58.

243 34 6
                                        

Salam aleykoum









Je n'avais pas fermé l'œil depuis qu'ils m'avaient ramenée ici. La pièce puait l'angoisse, les murs transpiraient le jugement. Et elles... elles sont arrivées comme des éclairs. Pas un sourire. Juste des yeux lourds, remplis de mots qu'elles n'avaient même pas encore prononcés.

– Asma amnga fit, commence Maissane en me lançant un regard foudroyant, ioe bane façon nite geu ? Qui conduit une voiture sans savoir conduire ?

Elle lève les bras, tourne sur elle-même, comme si mon existence entière était devenue une devinette impossible à résoudre. J'ai même pas le courage de répondre. Je sens déjà ma gorge me trahir.

– Ce n'est pas cela le problème, l'arrête Kira, sèche comme un couperet.
Elle se tourne vers elle, les mains sur les hanches, puis revient vers moi.
– Demande-lui d'abord ce qui lui est passé par la tête pour aller assassiner – non, pardon – tenter d'assassiner deux personnes. Ahmed et Youssouf, rien que ça. Asma, t'es sûre que toutou biene dans ta cervelle ? Genre, t'as toutes les cases cochées là-haut ?

– Vous êtes venues pour me faire sentir encore plus mal nan ? Vous pouvez partir, dis-je, le ton bas, mais ferme.

Un silence se pose, lourd comme une claque. Puis la voix de Kira revient, calme mais tranchante :

– Dis pas cela.
Elle croise les bras, avance d'un pas.
– Je vais être franche : si je voyais Lamine là là, je vais juste voler l'arme à cet officier là-bas... et lui tirer une balle dans la tête.

Sa voix ne tremble même pas. Elle le dit comme on annoncerait la météo. Une certitude glaciale. Une vérité qu'elle porte dans les os.

– Asma et toi, je comprends pourquoi vous êtes amies, soupire Maissane, dépassée.
Elle passe une main sur son visage, lasse.
– Vous vivez dans une autre réalité. Vous êtes taillées dans le même bois. Vous agissez avant de penser. Toujours. Vous êtes des bombes sans détonateur. l'une veut tuer l'autre rêve de tuer.

Je détourne les yeux. 

– Eh mais Asma kuluna la deh, rigole doucement Kira, adoucissant un peu l'atmosphère. Ce matin je te jure, je t'ai vue sur France 24. Et sur Twitter, tu fais fureur. Les gens t'applaudissent, t'insultent, te prennent pour une héroïne ou une folle. T'as cassé Internet, ma belle.

Elle sourit, secoue la tête.

– T'as déchiré, ma belle, quand même. Franchement.

Puis elle se penche légèrement vers moi, les yeux plus sérieux.

– Mais ça veut pas dire que ce que t'as fait est bien pour autant. Le monde adore les coups d'éclat. Mais toi, t'en subis encore les retombées.

Je ferme les yeux un instant. Une seconde seulement. Juste le temps de respirer sans craquer.

– J'aurais fêté ça avec vous dans d'autres circonstances, dis-je en forçant un demi-sourire. Je vous jure.
Mon sourire est parti aussi vite qu'il est venu.
– Je regrette pas ce que j'ai fait. Je le referais même. C'est juste que... Rassoul est super vénère. Et Ibrahima...

Je lâche un rire nerveux.

– Le gars, il m'a giflée. Mais genre, une vraie gifle. J'ai cru que ma tête allait se décrocher.

ASMA AIDARAOù les histoires vivent. Découvrez maintenant