Salam aleykoum
Je pleurais comme une madeleine. Inconsolable. Chaque sanglot me déchirait le cœur, comme si tout ce que j'avais encaissé ces derniers jours était soudainement devenu trop lourd. Rassoul m'avait aidée à m'asseoir sur le canapé, ses bras puissants autour de moi comme une forteresse. Ibrahima était là, à mes côtés, sa main serrée autour de la mienne, presque avec force, comme si ma main pouvait lui glisser entre les doigts à tout moment. Il me caressait doucement le dos, ma tête reposant sur son épaule, son parfum apaisant un contraste cruel avec mes sanglots incontrôlables. Je voyais dans ses yeux cette confusion, cette incompréhension. Il n'arrivait pas à croire que j'étais de retour. Après tout ce temps. Après tout ce que j'avais traversé. Et malgré le vide laissé par papa, il était là, il ne m'avait pas laissée.
Les larmes n'arrêtaient pas de couler. J'avais l'impression que tout ce que j'avais enfoui si profondément en moi ressortait maintenant d'un coup.
Rassoul, complètement dépassé, me regarda avec une souffrance qu'il ne pouvait masquer.
- Asma, pourquoi tu veux te faire du mal ? » demanda-t-il, sa voix étranglée par l'émotion.
Il avait du mal à comprendre. À saisir pourquoi je continuais à m'infliger ça alors que, de l'extérieur, je semblais forte, en vie. Mais, moi, je ne me sentais plus vivante. Je n'étais plus qu'un corps brisé, une âme égarée.
Je levai la tête, tentant d'attraper un peu d'air, mais mes mots étaient étouffés dans ma gorge. Je voulais leur dire que c'était à cause de moi, à cause de ma lâcheté, de ma fuite. Si papa était parti, c'était parce que j'avais fugué. Parce que je l'avais laissé seul. Et que je l'avais abandonné.
Mais Ibrahima, les yeux plongés dans les miens, murmura avec une douceur infinie
- Ce n'est pas ta faute, Asma. Il serra un peu plus ma main, comme pour me forcer à comprendre. Tonton Assane avait des problèmes cardiaques depuis longtemps, tu sais ça. Allah a décrété sa mort et personne, même toi, ne pouvait changer ça. Arrête de pleurer, s'il te plaît.
Je secouai la tête, mais les larmes ne s'arrêtaient pas. Parce que si c'était vrai... si c'était un fait, un simple accident du destin, pourquoi est-ce que je me sentais encore responsable ? Pourquoi avais-je l'impression que si j'avais été là, si j'avais fait différemment, peut-être qu'il serait encore là, à discuter de tout et de rien avec moi ?
Kira arriva alors dans la pièce, son regard à la fois inquiet et déterminé. Elle s'assit à côté de moi, son bras autour de mes épaules.
- Asma, écoute-moi, dit-elle doucement mais fermement. Ce n'est pas en te torturant que tu vas le ramener. Il est parti. Mais toi, tu es là, tu es vivante. Tonton Assane serait fière de toi, pas de te voir t'autodétruire. Tu as intérêt à m'effacer tes larmes parce que tu commences réellement à nous les mettre.
Elle parla d'une manière si posée, si calme, qu'à cet instant, ça me fit l'effet d'une claque dans le cœur. Kira savait toujours quoi dire. Toujours.
Rassoul, le regard perdu, ajouta alors, la voix tremblante mais pleine de tendresse
-Papa n'aurait jamais voulu ça pour toi, Asma. Il n'aurait pas voulu te voir dans cet état. Au contraire, il aurait voulu que tu ailles prier pour elle devant son tombe. Il me regardait avec tant de profondeur, de compréhension
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ASMA AIDARA
Novela JuvenilPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
