Salam aleykoum.
J'ai bondi du lit comme une damnée, le cœur battant à tout rompre, l'estomac en vrac, un goût amer sur la langue. Une envie de vomir, brutale, fulgurante, m'a transpercée. Moins d'une seconde, et j'aurais tout lâché sur le carrelage froid de la chambre. Pieds nus, je titubais jusqu'aux toilettes comme une naufragée. J'ai à peine eu le temps de m'accrocher au rebord du lavabo avant que mon estomac ne se vide dans un concert de haut-le-cœur douloureux.
Et pourtant... j'avais même pas bu. Juste l'odeur de l'alcool. Cette puanteur sucrée, omniprésente dans la chambre. Elle s'infiltrait dans mes narines, me collait à la peau. Elle me dégoûtait. Je me suis regardée dans le miroir au-dessus du lavabo. Mon visage était cerné, presque étranger. Mes joues étaient creusées, mes lèvres sèches. La Asma du miroir n'avait plus rien à voir avec celle que je connaissais. Elle avait l'air vide.
Je suis revenue dans la chambre à petits pas, le souffle court, les bras croisés autour de ma poitrine, essayant de calmer la nausée persistante. Lamine était toujours là, vautré sur le lit, à moitié affalé sur les deux oreillers qu'il avait empillés. Il leva à peine les yeux vers moi, me toisa de haut en bas avec un air détaché avant de porter son verre à ses lèvres.
Du whisky, ou du rhum, je sais pas. Une de ces saletés brûlantes qu'il sirotait du matin au soir, comme si c'était du thé.
— Tu peux pas boire ça ailleurs que dans la chambre ? demandai-je, la voix rauque, en m'asseyant sur une chaise face à lui, le corps dépassé, le cœur écœuré.
Il haussa à peine les épaules, sans détourner les yeux de son verre.
— T'es chez moi, Asma. Je fais ce que je veux.
Je le fixai, bouche entrouverte, abasourdie par tant de culot.
— Ah ouais ? C'est comme ça maintenant ? ricanai-je, un rire nerveux, presque hystérique, me secouant. Je croyais que tu me l'avais offerte, cet appart ?
— C'est exactement ce que je viens de dire.
Sa voix était tranchante, détachée, comme un couperet. Il parlait comme un homme qui ne devait rien à personne. Et moi, dans tout ça ?
J'ai détourné les yeux. Il m'insupporte avec son indifférence, son calme glacial, son mépris à peine voilé. En fait, je commence vraiment à suffoquer dans cette maison. L'odeur du tabac froid, les cendriers débordants, les verres sales empilés sur la table basse... tout m'oppresse.
Tous les jours, c'est la même routine. Chicha, boîte, alcool, musique trop forte, gens trop saouls, nuits trop longues. C'était censé être la vie de mes rêves, tu vois ? Liberté, luxe, fêtes. Mais maintenant que je la vis... c'est un cauchemar camouflé en soirée Instagram.
Et Lamine... il se soucie plus d'Adama que de moi. Il est toujours collé à elle. Il la regarde avec un air que je connais trop bien. Et Adama, elle m'a juré qu'il n'y avait rien, qu'elle me trahirait jamais, que je me faisais des films. Mais j'y crois moyen.
J'ai eu du mal à respirer. L'odeur de la clope, des joints, des vapeurs d'alcool... tout se mélangeait. J'ai quitté la chambre, le souffle court, la tête lourde. Je marchais à travers le salon en évitant les cartons de pizzas éventrés, les bouteilles entassées sur le sol, les paquets de chips vides. Le canapé était recouvert de fringues et de cendres. Je voulais tout brûler.
Je me suis laissée tomber sur la moquette crasseuse, le corps vidé, les bras ballants. Et là, comme une vague, une marée d'émotions m'a engloutie d'un coup.
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ASMA AIDARA
Dla nastolatkówPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
