Salam aleykoum
AID MUBARAK EN RETARD !
Point de vue de Mouhammad Bachir
Cela fait trois semaines. Trois semaines à errer dans les dédales de cette ville, à suivre des pistes qui s'effacent aussitôt qu'elles apparaissent. Trois semaines à chercher Asma... Et pourtant, je ne sais même plus si je cherche une personne ou une ombre.
Ce n'est pas une disparition. Non. C'est une fuite. Délibérée.
Et on ne retrouve pas ce qui ne veut pas être retrouvé.
Mais je ne baisse pas les bras. Pas encore. Quelque chose au fond de moi murmure que cette histoire ne peut pas bien se terminer. Et c'est précisément pour ça que je m'accroche.
Je suis là. Garé sur le bord d'une route fréquentée, plongé dans le silence pesant de la nuit. Les phares des voitures tracent des lignes éphémères sur mon pare-brise. Il doit être près de minuit. Cela fait une heure que je suis ici, immobile, à fixer cette rue sans fin, comme si elle allait soudain me révéler un indice, un signe, un espoir.
Depuis une demi-heure, je ne fais rien d'autre que regarder. Respirer. Penser. Ou peut-être juste... attendre. Mais attendre quoi ?
Je me pose la question. Que faire maintenant ?
Appeler la police ?
Retourner chez Lamine ?
Abandonner ?
La police... mauvaise idée. Je refuse que cette affaire prenne de l'ampleur, qu'elle devienne une affaire d'État, un titre dans les journaux, un bruit qui résonnera jusqu'à elle. Asma se terrera encore plus profondément si elle apprend que les autorités sont impliquées. Elle disparaîtra pour de bon.
Quant à Lamine... j'y suis déjà allé. Je sais qu'il sait. Il ne me l'a pas dit, mais je l'ai lu dans ses yeux. Ce regard fuyant, ce silence pesé, presque arrogant. Mais que faire face à lui ? Son père est ministre. Un homme puissant, corrompu jusqu'à l'os. Il m'a lancé un ultimatum : continue de harceler mon fils, et je te livre aux flics.
Abandonner ?
Non. Pas tant que je respire.
Et pourtant... pourquoi je me bats ? Pourquoi ce besoin viscéral de la retrouver, encore et encore, alors que tout m'échappe ?
Je n'ai plus de réponse. Je crois même que j'ai arrêté d'en chercher. Chaque fois que cette question me frôle l'esprit, je l'enterre aussitôt, comme on enterre un cadavre qu'on ne veut plus jamais déterrer.
Je ne sais plus si je poursuis Asma...
Ou un bout de moi qui s'est enfui avec elle.
La sonnerie stridente de mon téléphone me tire brutalement de mes pensées. Je cligne des yeux, secoue légèrement la tête. L'écran affiche Oum Kalsoum. Je le laisse sonner dans le vide, sans bouger, avant de m'enfoncer un peu plus dans le siège, les mains posées sur le volant comme un pilote sans destination.
Ça sonne encore. Je n'y prête pas attention. Mon regard s'égare vers le plafond du véhicule.
Puis, trois coups secs contre la vitre me font sursauter.
Je me redresse aussitôt, le cœur battant. Un agent de sécurité se tient à côté de la portière, l'air soucieux. Il me fait signe de baisser la vitre. J'obéis.
— Vous allez bien, monsieur ? demande-t-il, les yeux fouillant l'intérieur de ma voiture avec méfiance.
— Oui, répondis-je d'un ton las. J'allais justement partir.
— Il était temps, ça fait un bon moment que vous êtes stationné ici. Je peux voir vos papiers ?
Je hoche la tête, récupère les documents posés sur le siège passager, et les lui tends. Il les lit en silence, ses yeux quittant les papiers à plusieurs reprises pour revenir vers moi.
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ASMA AIDARA
Teen FictionPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
