Salam aleykoum
Ça faisait trois jours que j'étais revenue.
Il était 14h. Je m'étais réveillée bien plus tôt, tirée du sommeil par une envie soudaine et écœurante de fumer. Au début, j'ai cru à une mauvaise blague de mon cerveau, une hallucination passagère. Mais non. L'envie était là, poisseuse, tenace, plantée dans ma gorge comme un crochet. Incapable de lutter plus longtemps, j'étais allée fouiller dans le sac de Kira et j'avais trouvé des antidépresseurs. J'en ai avalé un, sans réfléchir, espérant juste étouffer ce besoin absurde et destructeur.
Kira dormait toujours à côté de moi, profondément. Son visage était calme, mais on devinait qu'elle était usée, vidée par les récents événements. Elle avait le sommeil lourd de ceux qui fuient la réalité par la fatigue.
Je me suis levée, me suis habillée en blanc. Une tenue simple, sobre. J'ai noué un voile sur ma tête. Aujourd'hui, on devait aller au cimetière. Voir mon père. Avec Rassoul et Kira.
J'étais affalée sur une chaise en plastique, les pieds posés sur le rebord de la terrasse, sirotant un jus tiède qu'on avait oublié de mettre au frais. Maïssane, en face de moi, triturait un coin de son voile, visiblement agitée. On attendait que Rassoul nous appelle pour aller au cimetière. Il avait dit « dans dix minutes », ce qui voulait probablement dire une heure.
— Attends, fis-je en secouant la tête, je croyais être le seul souci de la bande avec mes excès, ma fugue... Alors qu'en fait, toi aussi, t'étais dans ton délire.
— Je te le fais pas dire. Franchement, j'ai vécu un cauchemar Asma. Tout ça à cause de ma stupidité. J'ai fait confiance à ce taré. Je le regrette
— Eh, t'as pas intérêt à pleurer ici hein ! lançai-je en me redressant. Ioe, t'as tenu jusqu'ici, tu vas pas t'effondrer maintenant. Tu vas pas donner à ce gars l'ombre d'un doute que tu pleures encore pour lui. Nan ma chérie, ton bébé va naître, tu vas vivre comme tu veux. Est-ce que tu sais qui sont les tatas de ton enfant ? Asma Aidara l'unique. Kira Gassama, mon acolyte. Ma belle déstresse. On va l'élever en gang.
Elle sourit malgré elle. Ses yeux brillaient, entre larmes et fatigue.
— Asma... tu peux pas comprendre tant que t'es pas à ma place. Wallahi, juste le regard de mon frère suffit à m'achever. Et je suis sûre que grand-mère est au courant. Elle va me tuer.
Je posai ma main dans son dos, doucement.
— Maïssane... nékal nit nak... Ce qui est fait est fait. Que grand-mère parle, on s'en fout. Et tu sais que Khalil—enfin Ibrahima—te verra toujours comme sa petite sœur adorée. Ioe, tu le connais. Il t'abandonnera jamais. Et nous non plus. Tu n'es pas seule ma chérie. Jamais.
— Hmm... Merci, cousine.
— Sérieux ? Tu me remercies ? Tu veux que je me sente étrangère ou quoi ? Attends, je suis dans ton comité de soutien, moi. Par contre, petite question : tu fais quoi de ta terminale ?
— Ibrahima a dit que je la passe en candidat libre. Je vais faire des cours à domicile et ensuite passer le bac.
— Ah ouais, ça a l'air cool... comme ça, dit-je innocemment.
— Tu peux arrêter stp.
— Pardon, pardon, m'excusai-je en levant les mains. Mais euh... question sérieuse : c'est toi qui comptes finir ce bol de couscous ?
VOUS LISEZ
ASMA AIDARA
Teen FictionPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
