Salam aleykoum
— Monsieur, votre femme est passée à côté d'un accident vasculaire cérébral. Mais ne vous en faites pas, tout est sous contrôle. Est-elle diabétique ?
Le patient en face de moi secoua la tête.
— Non, docteur, elle n'est pas diabétique.
— A-t-elle des antécédents de ce genre ?
— Pas que je sache.
J'hochai la tête, mes doigts notant machinalement une série de prescriptions sur une ordonnance déjà tâchée d'encre.
— D'accord. Voilà, le pharmacien vous expliquera la posologie. Et je vous conseille vivement de lui faire faire des contrôles réguliers. Sa santé est... fragile.
— Merci, docteur.
Il se leva, un peu lentement, l'air las. Je l'observai un instant.
Sa main tremblait légèrement en prenant l'ordonnance. Il la fixa, comme s'il lisait à travers les mots. Puis il souffla et se dirigea vers la porte.
Quelque chose m'arrêta.
— Monsieur Ly ?
Il se retourna, son regard éteint. Un petit "hmm ?" comme réponse.
— Vous êtes sûr que tout va bien ?
Il baissa les yeux vers le papier, ferma brièvement les paupières.
Un sourire léger, presque triste, ourla ses lèvres.
— Al hamdoulilah, tout va très bien.
Mensonge doux. J'en reconnaissais la saveur.
— Je suis là si vous avez besoin d'aide, quelle qu'elle soit. Il suffit de me le dire. Je vous en prie.
Un silence s'étira, presque inconfortable. Puis, contre toute attente, il fit demi-tour et revint s'asseoir.
— La vie est cruelle envers moi, dit-il, presque comme un soupir.
Je ne dis rien. Je l'écoutais.
— Vous savez, j'avais deux filles. L'une m'a été arrachée à la naissance. L'autre, je l'ai perdue dans un accident, il y a quelques années. J'ai perdu mon emploi. Je travaille comme chauffeur aujourd'hui. Il y a quelques jours, j'ai appris que mon fils de 14 ans a un cancer. Et maintenant ma femme frôle un AVC.
Il sourit encore. Ce genre de sourire qui vous brise une côte.
— Mais que puis-je dire, si ce n'est : al hamdoulilah ? J'imagine que ce n'est que du bien.
J'ai senti quelque chose serrer dans ma poitrine.
Ce genre de douleur qui n'est pas la tienne mais que tu ressens quand même.
Parce qu'il existe des gens qui traversent des mers entières de souffrance avec le dos courbé, mais le front levé vers le ciel.
Moi, j'ai perdu Khadija.
Moi, je suis piégé dans une promesse.
Et je fais comme si je portais le monde sur mes épaules.
Et cet homme-là, en face de moi, a tout perdu.
Et il remercie encore Dieu.
— Monsieur Ly... soufflai-je, la gorge nouée. Je vous vois comme un père. Et je suis sincèrement désolé pour ce que vous traversez. Comment puis-je vous aider ? Je peux financer les soins de votre fils et de votre femme... ce serait un honneur.
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ASMA AIDARA
Fiksi RemajaPour elle, on ne vit qu'une fois. Asma. Chronique sénégalaise #Muslimqalam2 ( auteure de Jamila et Ahmad )
