Chapitre 5

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[Lexie]

« Et tu l’as laissé en plan ? »

J’ai appelé Liz en rentrant chez moi. Elle est passée juste après le travail, comme si elle avait senti que j’avais besoin d’elle.

« Ouais… »

Je la regarde manger ses nouilles aux légumes, l’air de rien, et je me demande distraitement comment elle fait pour engloutir autant sans jamais prendre un gramme… Moi, je n’ai même pas faim. J’ai juste cette boule au ventre qui refuse de disparaître.

« Tu te rends compte quand même qu’il en pince pour toi ? »

Je secoue la tête, agacée.

« N’importe quoi… Si Evan n’avait pas été là, on ne se serait même pas revus. »

Liz relève les yeux vers moi, un sourire presque attendri accroché aux lèvres.

« Ça, tu n’en sais rien. Moi, j’ai vu comment il t’a regardée au magasin la première fois. Cupidon a dégainé sa flèche ce jour-là. »

« Arrête de dire des bêtises… » Je soupire et détourne le regard. « De toute façon, il reste seulement jusqu’à Noël et après… il repart en mission, je ne sais où, à l’autre bout du monde. Il est soldat, et il aime ça. »

Le silence retombe un instant.

« Ça craint… »

« Comme tu dis… » Ma voix se fait plus basse. « Mais c’est trop tôt. Je ne veux personne dans ma vie pour le moment. »

Ou peut-être que je ne veux plus souffrir. Pas encore.

Liz ne répond rien. Elle se contente de me prendre dans ses bras, fort, comme pour recoller les morceaux invisibles. Je m’y accroche quelques secondes de trop.

Nous finissons par manger, parler de tout et de rien, comme pour noyer ce qui pèse vraiment. À 22 h, elle s’en va retrouver son chéri. Et moi… moi, je reste seule.

Je me glisse sous un plaid, lovée dans le canapé, devant un film de Noël sans intérêt. Les images défilent, mais je n’en vois aucune. Mes pensées, elles, reviennent toujours au même endroit.

À lui.

Je finis par m’endormir sans m’en rendre compte.

[James]

Je la regarde s’éloigner dans la nuit, sa silhouette disparaissant peu à peu sous les lumières des lampadaires.

Je le savais.

Je savais que ça lui ferait peur.

D’habitude, je ne dis rien. Ou presque. Je dis que je travaille pour l’État, que mon boulot est… compliqué. Je reste vague. C’est plus simple. Moins risqué.

Mais avec elle…

Je n’ai pas réussi à mentir.

Je remonte le col de mon manteau, enfonce les mains dans mes poches et me mets à marcher sans vraiment savoir où je vais. Le froid me mord la peau, mais ça m’est égal. J’ai juste besoin de temps. De silence.

Je repense à elle. À son regard. À son sourire… puis à la façon dont tout a changé.

Pourquoi pleurait-elle ?

Cette image me serre la poitrine.
Je demanderai à Debbie. Elle saura. Elle sait toujours.

Au bout d’un moment, la neige commence à tomber, d’abord doucement, puis de plus en plus dense. Le froid devient mordant. Alors je fais demi-tour.

Quand je rentre, la maison est calme.

Evan dort sur le canapé, roulé en boule. Un sourire étire mes lèvres malgré moi. Je prends une couverture et la dépose délicatement sur lui.

« Tu es déjà rentré ? »

Je lève les yeux. Liam s’approche en silence.

« Chut, il s’est endormi. »

Il jette un coup d’œil à son fils, attendri.

« Il n’a fait que parler de Lexie… et de toi. Vous avez l’air de bien vous entendre. »

Je passe une main sur mon visage, fatigué.

« Elle est gentille… ouais… »

Liam me fixe, pas dupe.

« Juste gentille ? C’est tout ? James… dis-moi tout. »

Je relève la tête. Mon regard croise le sien.

Il me connaît trop bien.

« Elle me plaît… » Ma voix se fait plus basse. « Genre vraiment beaucoup. »

Le dire à voix haute rend la chose encore plus réelle.

« Le problème, c’est que je repars dans quinze jours… »

Liam hoche lentement la tête.

« Je vois… T’as pas envie d’en faire un plan cul… »

Je secoue immédiatement la tête.

« Non. Elle mérite mieux que ça. Je ne veux pas la briser. »

Pas elle.

Pas comme ça.

« Je comprends… surtout qu’à ce niveau, elle a déjà eu ce qu’il faut. »

Je fronce les sourcils, surpris.

« Comment ça ? »

Mais avant qu’il ne réponde, la porte d’entrée s’ouvre, laissant entrer un courant d’air glacé.

« Coucou les garçons, je suis rentrée plus tôt à cause de la neige. »

Je tourne la tête vers Debbie… avec une seule idée en tête désormais :

Comprendre.

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