Chapitre 49

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[Lexie]

Cela fait plus d’une semaine que j’ai arrêté de travailler. Plus d’une semaine à rester allongée, à écouter mon corps me rappeler, à chaque mouvement, que je dois ralentir. Mon patron m’a mise en congé maternité plus tôt… forcée de lever le pied, sur les conseils insistants de la gynécologue que m’a recommandée le Dr Jackson.
Je dois rester alitée. Le plus possible.

Alors je ne vais plus voir James.
On se parle en visio, bien sûr. On essaie de sourire, de faire comme si… mais ce n’est pas pareil. Rien ne remplace sa présence, sa chaleur, son regard posé sur moi. Rien ne remplace ses mains.

Liam et Debbie sont repartis. Heureux. Émus. Comme si la nouvelle des jumeaux suffisait à éclairer tout le reste.

Evan, lui, a décrété qu’il voulait des garçons. Parce que « les filles, c’est nul ».

Ça m’a fait rire… un peu. Juste assez pour ne pas pleurer.
J’ai également appelé mes parents.
Quand j’ai dit « jumeaux », ma mère s’est effondrée en sanglots. Pas de tristesse. Non. Une joie brute, incontrôlable.
Ils arrivent bientôt. Ils l'ont promis.

Liz aussi. Elle n’en revenait pas.
Et Meredith… Meredith, c’est une tornade. On ne la tient plus.

Le fait que son fils va avoir des jumeaux ? Toute la ville est probablement déjà au courant. Elle veille sur moi comme si j’étais en cristal. Toujours là, toujours attentive, toujours inquiète.

Il est 9 h.

Je suis allongée dans le canapé, le PC posé sur mon ventre devenu lourd, trop lourd parfois. Je fais défiler des articles pour bébés sans vraiment les voir, perdue dans mes pensées… quand on sonne.

Le bruit me traverse.

Je me redresse lentement, une main sous mon ventre, comme pour le soutenir. Chaque pas est calculé. Chaque mouvement me rappelle que je ne suis plus seule dans ce corps.

J’ouvre.

Et mon souffle se coupe.

« Pablo ?… Que fais-tu ici ? »

Derrière lui, une camionnette militaire.

« Bonjour, Lexie. Le sergent Carter m’a envoyé. Je viens te chercher. »

Mon cœur accélère.

« Me chercher… pour aller où ? »

Il sourit. Mystérieux.

« Surprise. Prends tes affaires et suis-moi. »

Je devrais hésiter. Poser plus de questions.

Mais quelque chose dans son regard… quelque chose me dit d’y aller. Alors j’y vais.

Il m’aide à monter. À l’arrière, d’autres soldats. En civil. Discrets. Silencieux.

Je les salue, mais mon esprit est ailleurs.

Où est-ce qu’on m’emmène ?
Le trajet est court. Trop court pour calmer ce qui monte en moi.

La camionnette s’arrête devant une grande grille. Elle s’ouvre lentement. Comme dans un rêve.
Et puis je vois.

La maison.

Notre maison.

« C’est… notre maison… »

Ma voix tremble. À peine audible.

On s’arrête. La porte s’ouvre.

Et là...

Le monde s’arrête.

James.

Dans son fauteuil. Poussé par son adjudant-chef.

Je ne réfléchis pas.

Je cours, enfin...je trottine.

Les larmes brouillent tout. Je m’effondre contre lui, je l’embrasse comme si je reprenais enfin mon souffle après des semaines d’apnée.

Il est là.

Il est vraiment là.

Les applaudissements, les sifflements derrière moi ? Je ne les entends presque pas.

« Allez au boulot, les gars ! » lance l’adjudant.

Le monde reprend.

Je m’écarte à peine, incapable de lâcher James.

« Qu’est-ce qui se passe ?… »

« J’ai demandé un coup de main. À deux ou trois collègues… »

Il sourit.

« Ils sont tous venus. Sur leur temps libre. Même mon adjudant. »

Ma gorge se serre.

« Tu es entouré de gens incroyables… »

Il m’emmène à l’intérieur.

Le salon est encore en chantier, mais au milieu… un canapé.

« Si ma princesse veut bien s’installer. »

Je ris, essoufflée, bouleversée. Je m’allonge. Mon corps me rattrape. Toutes ces émotions m’écrasent.

Il s’allonge à côté de moi. Sa main glisse sur mon ventre.
Et là...

Un coup.

Net.

Fort.

« Tu l’as senti ?! »

« Oh que oui… »

Un autre.

Puis un autre.

Ses yeux brillent. Son sourire tremble. Des larmes coulent sans qu’il cherche à les retenir.

Il rit. Il pleure. Il vit.

Et moi aussi.

Pendant plusieurs minutes, les coups s’enchaînent. Comme s’ils savaient. Comme s’ils voulaient lui dire : on est là.

Autour de nous, la maison se transforme.

Les murs tombent. La peinture recouvre l’ancien. Les voix résonnent.

La vie reprend sa place.
La journée passe trop vite.
Tout avance. Tout prend forme.

La chambre des jumeaux.

Notre maison.

Notre avenir.

On a même craqué. On a révélé le sexe des bébés à son adjudant et à Pablo.

Les seuls à savoir.

Notre secret.

Puis vient le moment de partir.
Les autres rentrent à la caserne.
Et moi… je dois repartir.

« Promets-moi de te reposer… »

Sa voix est douce. Presque fragile.

« Promis. On se parle demain ? »

« Oui… après la kiné. »

Il pose ses lèvres sur mon ventre.

« Je vous aime… »

Puis sur mes lèvres.

Je m’accroche à cet instant.

Je salue Pablo.

Je franchis la porte.

Et en rentrant, une seule pensée me traverse :

Malgré la peur… malgré la distance… malgré tout...
M
On est en train de construire quelque chose de plus grand que nous.

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