[Lexie]
La nuit a été courte. Les jumeaux se sont réveillés plusieurs fois, la dernière fois vers 5 h du matin, et il leur a fallu un long moment pour se rendormir. Mes yeux sont encore collés, mais le sourire de ma mère à l’entrée de la cuisine me réveille instantanément.
« Bonjour les enfants ! » dit-elle en entrant, la voix pleine de chaleur.
Nous la saluons et elle éclate de rire en voyant nos têtes encore toutes froissées de fatigue.
« Ah, les joies d’être parent… Rassurez-vous, ce n’est que le début ! » dit-elle en secouant la tête avec amusement.
« Merci infiniment pour ta compréhension, maman, » dis-je en lui servant une tasse de café fumante.
Mon père descend à son tour, les yeux brillants de malice. Il ne peut s’empêcher de se moquer gentiment de nous. Dans le babyphone, des babillements font entendre leur impatience. James et moi nous regardons, désespérés.
« Ça fait à peine une heure… » murmure-t-il, les épaules tombantes.
« Laissez papi faire ! » lance mon père en remontant les escaliers avec un sourire complice.
« Je t’accompagne, David, » ajoute ma mère, et je la regarde monter avec lui.
Un pincement de bonheur me serre le cœur : c’est si bon de les avoir près de nous.
« Tu veux un autre café, mon ange ? » demande James.
« Oui, merci… » réponds-je.
Puis, tout à coup, la voix de mon père s’élève dans le babyphone, chantonnant avec enthousiasme. Nous éclatons de rire, l’angoisse de la nuit s’évaporant un instant.
[James]
Je fixe ma tasse de café, le regard perdu dans la vapeur qui s’élève. La proposition de mon adjudant d’hier soir me trotte encore dans la tête. Je savais que mes missions sur le terrain étaient terminées, mais je ne m’attendais pas à cette option. Et avec les jumeaux… c’est parfait. Je ne me serais jamais vu laisser Lexie s’occuper seule d’eux.
« Allô la lune ? Ici la Terre ! » dit Lexie en agitant sa main devant moi.
« Oh, excuse-moi… j’étais perdu dans mes pensées, » murmuré-je, un peu penaud.
Elle me regarde, un sourcil levé, un petit sourire en coin.
« J’ai bien vu… ça fait cinq minutes que je te demande ce que l’on va faire aujourd’hui ! »
Je lui prends la main, effleure ses doigts avec tendresse, puis la tire doucement vers moi. Je l’embrasse et plonge mes yeux dans les siens.
« Je dois te parler d’un truc… »
Son sourire disparaît en un instant. Elle se redresse, l’inquiétude dans ses yeux.
« Ne fais pas cette tête, je te jure que ce n’est rien de grave. Comme tu le sais, il me reste encore au moins six ans dans l’armée, et avec ma jambe… les missions sur le terrain, c’est fini. Mais hier soir, mon adjudant m’a proposé quelque chose qui pourrait me convenir… »
« Laquelle ? » demande-t-elle vivement, le ton mêlé de curiosité et d’inquiétude.
« Une formation d’un an et demi pour devenir préparateur de mission. Je formerai les jeunes recrues sur simulateurs de vol et d’autres outils pédagogiques. Pas de missions sur le terrain, mais mieux que de rester enfermé dans un bureau… »
Je sens son regard peser sur moi, son avis compte tellement.
« Et ça se passerait où ? » demande-t-elle, attentive.
« À la caserne. C’est une des plus grandes de la côte Ouest, ils ont tout le matériel nécessaire. »
Un sourire éclaire son visage.
« Alors fonce, mon amour. Je te connais… tu ne t’épanouis pas dans un bureau. Faire la secrétaire, ce n’est clairement pas toi ! »
Elle rit, et je ris avec elle.
« D’accord… J’accepte. Mais pas tout de suite. Il me reste encore quelques semaines pour profiter de toi et des enfants. Et si ça me plaît vraiment… pourquoi ne pas continuer après les six ans ? »
Je me penche, l’embrasse avec douceur, la serre contre moi.
Elle enfouit son visage dans mon cou et murmure :
« Je te soutiendrai, quoi que tu décides, mon amour. »
Je sens son souffle chaud contre ma peau, et pour la première fois depuis longtemps, je respire vraiment, le cœur léger, prêt à affronter ce nouveau chapitre à ses côtés.
VOUS LISEZ
Mon soldat
RomansLexie peine encore à se relever de sa rupture amoureuse... Huit mois ont passé, et pourtant, les blessures sont toujours là, silencieuses mais bien ancrées. Derrière ses sourires fragiles, son cœur reste marqué par les traces d'un passé qu'elle n'ar...
