[James]
Je baisse les yeux vers mes jambes, encore marquées, encore fragiles… mais libres. On m’a enfin retiré les vis et les plaques. Rien que d’y penser, mon cœur s’emballe. C’est maintenant ou jamais.
Je m’avance jusqu’aux barres parallèles, redresse mon fauteuil avec des gestes presque fébriles et le bloque. De l’autre côté, mon kiné m’observe, prêt à intervenir… mais moi, je ferme les yeux. Je ne veux pas le voir lui. J’imagine Lexie. Son regard, sa voix, sa main tendue vers moi.
Je prends appui sur les barres.
Et je me lève.
D’un seul coup.
La douleur explose, brutale, tranchante, comme si mes jambes refusaient de me porter. Un éclair me traverse, me coupe presque le souffle… mais je tiens. Je serre les dents. Hors de question de céder. Pas maintenant. Pas après tout ça.
Alors j’avance.
Un pas.
Puis un autre.
Chaque mouvement est une bataille. Mes muscles tremblent, mon corps lutte, mais je m’accroche à cette image d’elle, à cette promesse silencieuse. Je vais y arriver. Pour elle. Pour nous.
Le temps se dilate. Je ne sais plus combien de minutes passent. Tout ce que je sais, c’est que je continue. Encore. Encore. Jusqu’à ce que mes forces me lâchent presque.
Quand enfin je m’arrête, vingt minutes plus tard, je suis vidé. Trempé de sueur. À bout.
Mais debout.
Et vivant comme jamais.
« T’as bien bossé, James… Si tu continues comme ça, dans quelques semaines on ne se verra plus », lâche Earl.
Je relève la tête vers lui, un sourire immense étirant mes lèvres malgré la fatigue.
« J’espère bien. »
« Au fait… elle accouche quand, ta femme ? »
À cette simple question, mon cœur se serre différemment.
« Elle est à huit mois. Sa gynéco veut déclencher l'accouchement d’ici deux semaines si elle tient jusque-là… mais c’est dur. J’suis pas sûr qu’ils attendent. »
« Et toujours pas moyen de savoir le sexe ? »
« Non. On veut garder la surprise. »
Il rigole, me lance un signe de tête, puis disparaît.
Je reprends mon souffle et quitte la salle, traversant le petit parc pour regagner ma chambre. L’air frais me fait du bien… jusqu’à ce que mon téléphone vibre.
Liam.
Je décroche aussitôt.
« Salut, frérot. »
Un silence.
Puis un souffle brisé.
« James… »
Mon estomac se noue instantanément.
« Qu’est-ce qui se passe ? C’est Evan ? Le bébé ? Liam, parle-moi ! »
Je l’entends renifler, lutter pour parler.
« Debbie… elle est tombée dans les escaliers… elle a eu un vertige… elle n'a pas réussi à se rattraper… »
Le monde bascule.
« Putain… Elle va bien ?! Et le bébé ?! »
« Ils l’ont emmenée en salle de naissance… ils font une césarienne d’urgence… j’ai peur, James… j’ai vraiment peur… »
Sa voix tremble, et ça me transperce.
« Hé… hé, écoute-moi. Elle est à l’hôpital. Elle est entourée. Ils savent ce qu’ils font. Ça va aller, d’accord ? Respire. »
Mais moi aussi, je lutte pour ne pas flancher.
« Ils ont dit quelque chose ? »
« Non… juste qu’il fallait sortir le bébé tout de suite… Attends... l’infirmière arrive… je te rappelle… »
La ligne se coupe.
Et le silence devient assourdissant.
Je reste figé, le téléphone à l’oreille, incapable de bouger. Mon cœur cogne trop fort. Mes pensées dérapent. Et si…
Non.
Je passe une main sur mon visage, tremblant.
Je prie.
Pour elle. Pour eux.
Les secondes s’étirent comme des heures… puis le téléphone s’illumine de nouveau.
Je décroche sans respirer.
« James !! Elle va bien ! Ils vont bien tous les deux ! »
Sa voix explose, chargée de soulagement.
Mes jambes lâchent presque.
Je ferme les yeux, laissant l’air revenir dans mes poumons.
« Merci… putain merci… »
Un rire nerveux m’échappe.
« Je suis heureux pour vous… Va les voir. Rappelle-moi quand tu peux. »
« T’inquiète… Je t’aime, mon frère. »
« Moi aussi, je t’aime. »
Je raccroche, encore secoué.
Et immédiatement, je compose le numéro de Lexie.
Cette peur… elle me serre encore la gorge. Parce que ça pourrait être elle. À tout moment.
Elle décroche après quelques sonneries.
« Mon amour, tu vas bien ? »
« Oui, j’étais juste aux toilettes pour la centième fois de la matinée », répond-elle en riant doucement.
Ce simple rire me désarme.
Je ferme les yeux, soulagé.
« Liam vient de m’appeler… Debbie est tombée dans les escaliers… »
« Quoi ?! Oh mon Dieu ! Elle va bien ?! Et le bébé ?! »
Sa panique me percute de plein fouet.
« Calme-toi… tout va bien. Ils vont bien tous les deux. Césarienne d’urgence, mais plus de peur que de mal. »
Un silence. Puis un souffle.
« Tu pourras prévenir ma mère ? »
« Bien sûr… elle ne devrait pas tarder. Et toi… tu vas bien ? »
Sa voix s’adoucit, inquiète.
Je marque une hésitation.
« Oui… Les séances sont dures… mais je tiens le coup. »
Je ne lui dis pas.
Je ne lui dis pas que j’ai marché. Que chaque jour, je me rapproche d’elle.
Parce que je veux voir ses yeux quand elle le découvrira.
Parce que je veux lui offrir ça.
Nous parlons encore un peu, de tout et de rien… comme pour oublier la peur qui vient de nous frôler.
Elle m’annonce que ses parents vont venir pour nous aider à emménager. Mon ventre se noue légèrement à cette idée… mais rien n’a vraiment d’importance, pas maintenant.
Pas après ce qu’on vient d’éviter.
On raccroche.
Et je reste là, immobile, le téléphone serré dans ma main.
Le cœur battant.
Plus que jamais conscient d’une chose :
Tout peut basculer en une seconde.
Et moi… je dois être prêt.
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Mon soldat
RomanceLexie peine encore à se relever de sa rupture amoureuse... Huit mois ont passé, et pourtant, les blessures sont toujours là, silencieuses mais bien ancrées. Derrière ses sourires fragiles, son cœur reste marqué par les traces d'un passé qu'elle n'ar...
