[James]
Après cinq heures de vol et plus d’une heure de taxi, me voici enfin à la caserne. À peine arrivé, je salue rapidement tout le monde et monte dans ma chambre pour enfiler ma tenue. Chaque geste est mécanique, presque irréel. Une fois prêt, je me dirige vers le bureau de mon adjudant-chef.
Dans le couloir, l’attente me semble interminable. Vingt minutes à fixer le sol, à écouter le tic-tac de l’horloge et les battements trop rapides de mon cœur. La secrétaire me lance un regard désolé, un léger sourire qui n’a rien de rassurant.
J’allais m’asseoir quand la porte s’ouvre brusquement. Une femme blonde, élégante, sort du bureau sans même me regarder. Je serre les dents.
Encore une de ses maîtresses…
« Carter !!! » hurle-t-il.
Parfait… mauvais jour. Très mauvais jour.
Je croise une dernière fois le regard de la secrétaire.
« Bonne chance… », me souffle-t-elle.
J’expire lentement et entre.
« Repos, soldat. »
Je m’assois sans discuter et sors la lettre que j’ai écrite dans l’avion. Mes doigts tremblent légèrement.
« Alors, il paraît que le procès s’est plutôt bien passé. »
« Oui, chef. Il a pris le maximum. »
Il m’observe en silence, les mains jointes sous son menton, comme s’il attendait que je craque.
« Venez-en au fait, Carter. »
Je déglutis.
« Je suis venu vous remettre ma démission, chef. »
Le silence tombe d’un coup.
Il prend la lettre, lentement. Trop lentement. L’ouvre. Lit. Chaque seconde me broie un peu plus.
Puis il relève les yeux.
« Votre contrat n’est pas terminé. Il vous reste six ans. »
Six ans.
Le mot résonne dans ma tête comme une condamnation.
« Je sais… mais ma petite amie est enceinte. J’ai besoin d’être avec elle. »
Ma voix est plus fragile que je ne l’aurais voulu.
Il se lève et tourne le dos, fixant la fenêtre.
« Vous êtes un excellent élément, Carter. On ne laisse pas partir quelqu’un comme vous. »
Autrement dit : non.
Je ferme les yeux une seconde.
« Je comprends… »
Mais non. Je n’accepte pas.
Je me lève, déjà vidé.
Six ans… Je trouverai une autre solution. Je n’ai pas le choix.
[Lexie]
J’ai passé la journée à chercher du travail. Sans succès. Encore.
Même le magasin de jouets… j’en viens à envisager d’y retourner. C’est dire à quel point je suis désespérée.
Mon compte en banque est au bord du gouffre.
Et moi aussi.
Je regarde l’heure.
17 h.
James devrait être arrivé depuis longtemps…
Pourquoi il ne m’a pas appelée ?
Mon téléphone vibre enfin dans ma main. Mon cœur s’emballe.
« James, enfin… je commençais vraiment à m’inquiéter. »
« Coucou, mon amour… »
Sa voix.
Faible. Fatiguée. Éteinte.
Mon ventre se noue immédiatement.
« Ça ne va pas, toi. Dis-moi ce qu’il se passe. »
Un souffle à l’autre bout du fil. Long. Lourd.
« Mon chef… il va refuser ma démission. »
Le sol se dérobe sous mes pieds.
« Quoi ? Mais… ils n’ont pas le droit de faire ça ! »
« Si. Il me reste six ans de contrat. »
Six ans.
Le mot me glace.
Le silence qui suit est insupportable.
« Bébé, écoute… j’ai peut-être une solution. Si c’est refusé, je demanderai une mutation à Portland. »
« Et ça prendra combien de temps ? »
Je connais déjà la réponse, mais j’ai besoin de l’entendre.
« Plusieurs mois… »
Plusieurs mois.
Je ferme les yeux, la gorge serrée.
« Alors… je pourrais venir te rejoindre. »
Silence.
Un vrai.
Pas un silence rempli de respiration.
Un vide.
Mon cœur rate un battement.
« James ? »
« Oui… je suis là. »
Sa voix a changé.
Plus distante.
« Pourquoi tu viendrais ? Enfin… je veux dire… c’est compliqué. Je vis à la caserne. Je n’ai rien ici. »
Chaque mot est comme une gifle.
Rien.
Pas de place pour moi.
Pas de place pour nous.
« Oh… d’accord. »
Ma voix ne m’appartient plus.
« Écoute… je vais te laisser. J’ai des choses à faire. »
Mensonge.
« Appelle-moi quand tu auras du nouveau. »
Je raccroche avant qu’il ne réponde.
Avant qu’il n’ait le temps de dire quelque chose qui pourrait me briser encore plus.
Je reste immobile quelques secondes, le téléphone toujours contre mon oreille. Puis je le laisse tomber.
Est-ce qu’il est en train de s’éloigner ?
Ou est-ce que je suis la seule à m’accrocher encore ?
Je me dirige vers la cuisine, comme un automate. Mais au fond de moi, une peur grandit.
Et si… on ne survivait pas à ça ?
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Mon soldat
RomanceLexie peine encore à se relever de sa rupture amoureuse... Huit mois ont passé, et pourtant, les blessures sont toujours là, silencieuses mais bien ancrées. Derrière ses sourires fragiles, son cœur reste marqué par les traces d'un passé qu'elle n'ar...
