Chapitre 23

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[Liam]

Je tourne en rond dans la salle d’attente depuis une heure. Une heure à étouffer, à suffoquer, à attendre sans comprendre.

Toujours aucune nouvelle de Debbie. Mon cœur cogne trop fort dans ma poitrine quand, enfin, les portes des urgences s’ouvrent.

Je la vois. Elle n’est pas seule. Liz est avec elle.

Je me précipite vers elles.

« Alors… des nouvelles de Lexie ? »

Ma voix tremble malgré moi.

« Non… On l’a cherchée partout… Liz m’a dit qu’elle était passée au magasin pour démissionner… »

Le mot résonne dans ma tête. Démissionner.

Je tourne lentement la tête vers Liz, complètement sonné. Mon esprit refuse d’assembler les pièces. Ça n’a aucun sens.

Je m’effondre sur une chaise, les mains crispées dans mes cheveux.

« Et ton frère… comment va-t-il ? » demande Liz, d’une voix douce.

Je ferme les yeux une seconde.

« Je ne sais pas… Il est toujours au bloc. »

Le temps devient irréel. Les minutes s’étirent, se déforment. Deux heures passent sans que je ne les sente vraiment. Debbie et Liz appellent encore et encore. Rien. Le vide. Le silence.

Puis une voix brise tout.

« Excusez-moi ? Vous êtes la famille de Mr Carter ? »

On se lève tous les trois d’un bond.

« Je suis son frère. Comment va-t-il, docteur ? »

L’homme retire son calot. Son regard se plante dans le mien.
Et le monde s’arrête.

« Il a eu beaucoup de chance. La balle s’est logée entre les intestins sans rien perforer… Franchement, c’est un miracle. »

Je relâche un souffle que je ne savais même pas retenir.

« Il va avoir besoin de repos. Il est en salle de réveil. Vous pourrez le voir demain. »

« Merci… merci docteur… »

Ma voix se brise.

Je me tourne vers Debbie. Et tout lâche. On s’écroule l’un contre l’autre, submergés. Les larmes coulent sans retenue.

Mais le répit est de courte durée.
Deux policiers s’approchent.

Liz prend la parole, explique, du mieux qu’elle peut. Les mots sont flous, incomplets, mais suffisants.

« Nous repasserons demain quand Mr Carter sera réveillé. Et nous devons aussi parler à Mlle Bell. Savez-vous où elle se trouve ? »

Un silence lourd s’installe.

« Elle… elle est partie… Elle était complètement bouleversée… On l’a cherchée partout mais… »

La voix de Debbie se casse net. Sa main se plaque contre sa bouche. Elle fuit. Elle s’effondre ailleurs.

« Excusez-moi… » dis-je en me détachant.

Je la retrouve pliée au-dessus d’un lavabo, secouée de spasmes. Je m’agenouille à côté d’elle, lui tiens les cheveux.

Impuissant.

« Ça va aller… merci… chéri… »

Sa voix est faible, brisée.

Elle se redresse, tremblante, passe de l’eau sur son visage comme pour effacer ce cauchemar. Mais rien ne disparaît.

Quand nous retrouvons Liz, tout semble encore plus lourd.

« Ils vont lancer un avis de recherche pour Lexie… Je leur ai parlé de sa tentative de suicide… »

Je hoche la tête lentement.

« Tu as bien fait… »

Même si ces mots me déchirent.

[Lexie]

Je retire tout. Absolument tout ce que je peux. Chaque billet. Chaque centime. Comme si l’argent pouvait m’aider à fuir ce que j’ai fait.

Je retourne dans la voiture. Mes mains tremblent.

Chez moi, je ne réfléchis pas. J’arrache quelques vêtements, les balance dans un sac sans même regarder. Rien n’a d’importance.
Mon téléphone vibre.

Liz.

Mon cœur se serre violemment.
Je devrais répondre. Je le sais. Je devrais entendre sa voix, m’accrocher à elle.

Mais si je le fais… je resterai.

Et je ne peux pas rester.

Pas après tout ça.

Pas après eux.

Je coupe le son. J’ignore l’appel. Je me déteste pour ça.

Je dois partir.

Je reprends la route. Direction l’aéroport. Tout est flou autour de moi, comme si je regardais ma propre vie de l’extérieur.

Je gare la voiture sans même réfléchir. Je marche. Je parle. Je respire.

« Bonjour… un aller pour Orlando, s’il vous plaît… »

Ma voix ne m’appartient plus.

« Le prochain est dans deux heures. »

Deux heures.

Je regarde l’heure. 17 h 15.

Minuit là-bas.

Une autre vie.

Ou une chute encore pire.

Je prends le billet. Mes doigts sont glacés.

Je m’assois. Seule. Complètement seule.

Puis, dans un dernier élan… j’écris à Liz.

- Moi : J’espère que James va bien. J’ai besoin de prendre du recul. Je vous aime.

Trois phrases.

Trois mensonges.

Ou peut-être pas.

J’éteins mon téléphone.
Définitivement.

Et là… tout s’effondre.

Je pleure. Sans retenue. Sans dignité. Pendant deux heures entières. Comme si chaque larme arrachait un morceau de moi.

Quand l’annonce retentit, mon cœur se serre.

Je ne suis plus sûre.

Plus sûre de rien.

Mais mes jambes avancent quand même.

Pas après pas.

Jusqu’à cet avion.

Je monte.

Parce que revenir en arrière est encore plus terrifiant que l’inconnu.

Je ne sais pas ce qui m’attend là-bas.

Mais une chose est sûre…

Ça ne peut pas être pire que ce que j’ai laissé derrière moi.

Mon soldatDes histoires addictives. Découvrez maintenant