[Lexie]
La maison n'a presque pas changé. Juste la couleur. Beige maintenant… alors qu’avant elle était noyée dans ce rose écœurant que je détestais. Ils ont emménagé ici un an avant que je me mette avec Brad. Une autre vie. Une autre moi.
Je monte les quelques marches, le cœur cognant contre mes côtes comme s’il voulait s’échapper. L’air me manque. J’inspire profondément, mais ça ne suffit pas. Mes doigts tremblent quand j’appuie sur la sonnette.
Je sais qu’ils sont là. Leur voiture est garée devant le garage. Pas d’échappatoire.
Des pas. Puis la voix de mon père, agacée, étouffée derrière la porte.
Elle s’ouvre.
« Salut, papa… »
Il se fige. Son regard me transperce, me détaille, comme s’il cherchait une preuve que je suis réelle. Comme s’il voyait un fantôme revenu d’entre les morts.
« …Lexie ? »
Ma mère apparaît derrière lui. Ses yeux s’écarquillent, sa main se plaque contre sa bouche.
« Oh mon Dieu… Lexie ? C’est… c’est bien toi ? »
Sa voix se brise. Les larmes montent instantanément.
« Oui, maman… c’est moi. »
Elle pousse mon père sans ménagement et se jette contre moi. Le choc me coupe le souffle. Ses bras m’enserrent, forts, désespérés. Je m’accroche à elle comme si j’allais me noyer, et tout cède. Les sanglots montent, violents, incontrôlables.
« Chéri, ne reste pas planté là ! Prends ses sacs ! »
Sa voix tremble.
« Viens… viens, mon bébé… rentre à la maison… »
À la maison.
Ces mots me frappent en plein cœur.
Je franchis le seuil, les jambes flageolantes. Tout est pareil. Chaque objet. Chaque odeur. Comme si le temps s’était arrêté… sans moi.
Le canapé. Toujours là. Immobile, témoin silencieux.
Je m’y laisse tomber. Mon corps est lourd, vidé. Mon père s’assoit en face, dans son fauteuil. Il ne dit rien. Pas un mot. Son silence pèse plus lourd que n’importe quelle colère.
Ma mère revient avec du thé. Ses gestes sont mécaniques, comme pour se raccrocher à quelque chose de normal. Elle pose le plateau, s’assoit à côté de moi et attrape mes mains.
« Oh, ma chérie… ça fait si longtemps… »
Sa voix tremble. Ses doigts serrent les miens comme si elle avait peur que je disparaisse encore.
« Je… je ne savais pas où aller… »
Les mots sortent à peine. Ma gorge est serrée.
« Ce connard de Brad t’a mise à la rue ? »
La violence de la question claque dans l’air. Je relève la tête, choquée. Mon père me fixe, les mâchoires serrées.
« David ! Arrête ! »
Ma mère se tourne vers moi, paniquée.
« Ma chérie… dis-nous ce qui se passe… »
Je baisse les yeux. Incapable de soutenir leurs regards. La honte me brûle la peau.
J’inspire. Une fois. Deux fois. Puis je parle.
Je raconte tout. Chaque détail. Chaque peur. Chaque chute.
Ma voix tremble. Parfois elle casse. Parfois elle disparaît complètement. Mais je continue. Parce qu’il le faut.
Quand je termine, le silence retombe. Épais. Étouffant.
Je n’ose pas lever les yeux.
Puis des pas. Mon père se lève. Il s’approche. Je le sens devant moi. Immobile. Imposant.
Sa main apparaît dans mon champ de vision.
Je la fixe. Longtemps.
Puis je relève la tête.
Il me regarde… mais ce n’est plus le même regard. Plus dur. Plus fermé. Il est brisé.
Il me sourit. À peine. Et ça me fend le cœur.
Il m’aide à me relever et, sans prévenir, me serre contre lui. Fort. Trop fort.
« Je suis désolé… » Sa voix tremble. « J’aurais dû écouter ta mère… J’étais trop fier… trop con… »
Il déglutit.
« Elle voulait te revoir… mais je l’en ai empêchée… Si j’avais su… »
Son corps secoue légèrement.
Mon père pleure.
Je me fige.
Je ne l’ai jamais vu comme ça.
Jamais.
« Tu pourras me pardonner… ? »
Sa voix est brisée. Fragile. Presque enfantine.
Je ferme les yeux et me blottis contre lui.
« C’est déjà fait, papa… Je t’aime… »
« Je t’aime aussi… ma fille… »
Ma mère nous rejoint, nous entoure de ses bras, et pendant quelques secondes… juste quelques secondes… tout semble moins lourd.
Moins douloureux.
Je monte dans ma chambre un peu plus tard. Chaque marche grince sous mes pas, comme avant.
La porte s’ouvre.
Rien n’a vraiment changé.
Un lit simple. Une armoire. Un bureau. C’est tout.
Mais ça suffit.
On frappe doucement.
« Entre… »
Ma mère passe la tête, hésitante.
« Tu as tout ce qu’il te faut ? »
« Oui… merci, maman. »
Elle me regarde encore quelques secondes, comme pour s’assurer que je suis bien là.
« D’accord… à demain… »
Elle m’enlace. Longtemps. Puis sort.
« À demain… »
Je m’allonge sur le lit. Le plafond. Toujours le même.
Mais mon esprit, lui, est ailleurs.
James.
Son visage me hante.
Est-ce qu’il s’en est sorti… ?
Et s’il était mort… ?
La pensée me transperce. Brutale. Insupportable.
« Non… »
Ma respiration s’accélère. Les larmes montent, incontrôlables.
« Non… non… »
Je m’effondre dans l’oreiller, brisée, submergée.
Si je l’ai perdu…
Je ne m’en remettrai jamais.
Jamais.
Les sanglots finissent par m’épuiser. Mon corps lâche.
Et je m’endors, noyée dans la peur.
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Mon soldat
RomanceLexie peine encore à se relever de sa rupture amoureuse... Huit mois ont passé, et pourtant, les blessures sont toujours là, silencieuses mais bien ancrées. Derrière ses sourires fragiles, son cœur reste marqué par les traces d'un passé qu'elle n'ar...
